Ces enfants mineurs qui arrivent mariés en Suisse et qui le restent

En 2017, 107 cas de mariages forcés de mineurs ont été répertoriés par le centre de compétences national.(Allison Joyce / Getty Images)

Les mariages impliquant des mineurs doivent être annulés, prévoit la loi suisse. Des dérogations sont toutefois admises au nom de «l’intérêt supérieur de l’enfant». Une disposition qui doit être supprimée pour lutter plus efficacement contre les mariages forcés, estime la juriste Anu Sivaganesan.

Si une jeune fille ou un garçon de 16 ans arrive en Suisse en étant marié/e, le mariage peut être reconnu à la suite d’une pesée d’intérêts. En effet, l’article 105 chiffre 6 du Code civil prévoit que le mariage d’un mineur doit être annulé, «à moins que son intérêt supérieur ne commande de maintenir le mariage».

Anu Sivaganesan
Juriste de formation, Anu Sivaganesan dirige le centre suisse de compétence pour la lutte contre les mariages forcés.(© Christian Schnur)

Une motion Lien externe de la députée de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) Natalie Rickli demande la suppression de la possibilité de faire des exceptions. Une revendication soutenue par le service national contre les mariages forcés Lien externe. Depuis plusieurs années, sa présidente Anu Sivaganesan dénonce une lacune de la loi.

swissinfo.ch.: Pour quelles raisons la législation sur les mariages de mineurs doit-elle être modifiées?

Anu Sivaganesan: Lors de la pesée d’intérêts, prévue par l’article de loi, des considérations culturelles sont souvent invoquées. Une éventuelle grossesse de la jeune fille mineure peut aussi être prise en compte. De cette façon, la situation juridique est interprétée au détriment des mineurs concernés, en justifiant le maintien de l’union par des motifs traditionalistes et conservateurs.

En Suisse, une jeune femme de 16 ans qui tombe enceinte n’est pas autorisée à se marier. En revanche, si le mariage a été conclu à l’étranger, la loi considère qu’il peut être dans son intérêt de ne pas l’annuler. Ceci est contradictoire. Les mariages d’enfants ne doivent pas être autorisés que ce soit en en Suisse ou à l’étranger. Il faut accorder plus d’importance au bien-être et à la protection de l’enfant qu’à un soi-disant respect des traditions.

«Des mariages de mineurs sont légitimés a posteriori.»
Anu Sivaganesan

Fin de la citation

swissinfo.ch: Ces situations constituent-elles vraiment un problème en terres helvétiques ou sont-elles marginales?

A.S.: Non seulement les mariages d’enfants sont un problème d’actualité, mais il s’est aussi aggravé au cours des dernières années. Parfois ils se déroulent à l’étranger, d’autres fois sur sol suisse au travers de cérémonies religieuses. En 2017, 161 mineurs sont arrivés déjà mariés en Suisse, selon le Secrétariat d’Etat aux migrations Lien externe.

En 2012 déjà, une étude Lien externe de la Confédération sur les mariages forcés en Suisse a montré que 27% des cas concernaient des mineurs. Parmi eux se trouvent également des enfants de moins de 16 ans, qui n’ont pas encore atteint la majorité sexuelle (âge de protection). Nous nous étonnons qu’en dépit de cette étude, la notion de pesée des intérêts ait été maintenue dans la loi.

Depuis 2016, notre service de consultation est de plus en plus sollicité. En 2016, 112 cas de mariages forcés sur 311 concernaient des mineurs. En 2017, 107 sur 316. Et les enfants de moins de 16 ans sont de plus en plus souvent touchés.

swissinfo.ch: Dans la pratique, y a-t-il en Suisse des mariages de mineurs qui ne sont pas annulés?

A.S.: Malheureusement, de nombreux mariages d’enfants conclus à l’étranger ne sont pas annulés et ne sont même pas portés devant les tribunaux. De nombreuses personnes qui travaillent dans le domaine de l’asile ou dans les bureaux d’Etat civil peuvent témoigner du fait que la pondération des intérêts n’est pas concrétisée dans la pratique. Lorsqu’elles signalent correctement un cas à la justice, le traitement de l’affaire prend parfois tellement de temps que les personnes concernées atteignent l’âge de 18 ans. Par conséquent, les cas ne sont même pas signalés. La Suisse prend en compte l’âge des époux au moment où elle examine la reconnaissance du mariage et non pas celui qu’ils avaient au moment où l’union a été conclue. De cette façon, des mariages de mineurs sont légitimés a posteriori.

swissinfo.ch: Comment peut-on lutter plus efficacement contre ce phénomène?

A.S.: Beaucoup de choses pourraient encore être améliorées. Les fiançailles de personnes mineures sont, par exemple, toujours autorisées en Suisse. Elles ne constituent pas un engagement légal mais peuvent obliger des mineurs à s’engager dans une relation et à se marier plus tard, conformément à la norme d’un environnement traditionaliste-conservateur. La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant de 1990 Lien externe (qui joue un rôle pionnier en matière de droits de l’enfant) définit les promesses en mariage de jeunes filles ou garçons comme une pratique sociale et culturelle néfaste. Cela devrait donc être interdit en Suisse aussi.

41’000 enfants mariés de force chaque jour

La plupart des pays ont fixé à 18 ans la limite pour pouvoir se marier. Toutefois, selon un rapport Lien externe de l’Unicef publié en 2014, 15 millions de jeunes filles mineures sont contraintes de se marier chaque année. Cela représente environ 41’000 enfants par jour.

Le phénomène se produit notamment dans les pays d’Asie du Sud, d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine. Au Niger, 77% des femmes âgées de 20 à 49 ans se sont mariées avant leurs dix-huit ans. Au Bangladesh, environ 40% des filles sont mariées avant leurs 15 ans, selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies établi en 2017.

L’Unicef énumère trois raisons principales pour lesquelles les parents décident de marier leur fille:

– leur présence à la maison est un fardeau économique.

–  le mariage est considéré comme une forme de protection contre les risques d’abus sexuels.

–  ils souhaitent éviter le risque de grossesse non désirée qui compromettrait un futur mariage.


TABLE RONDE : Les mutilations sexuelles, le poids de la tradition ? #Strasbourg #16octobre #18h00

Musée Vodou > Actualités > TABLE RONDE : Les mutilations sexuelles, le poids de la tradition ?

Mardi 16 octobre à 18H

À la Médiathèque Olympe de Gouges de Strasbourg.

Dans le cadre de l’exposition « Vodou au Féminin » l’équipe du Château Vodou a souhaité proposer plusieurs conférences sur la thématique de la femme en Afrique de l’Ouest. Retrouvez plus d’informations sur la prochaine table ronde ici 

Toutes les informations : http://www.chateau-vodou.com/fr/chateau-musee-vodou-strasbourg/

Source :http://www.chateau-vodou.com/?wysija-page=1&controller=email&action=view&email_id=24&wysijap=subscriptions&user_id=1318


Société – Ndèye Fatou Kane : « L’Afrique a compté des féministes avant l’heure »

ENTRETIEN. Engagée dans le sillage des campagnes mondiales « Balance ton porc », l’écrivaine sénégalaise inscrit sa réflexion féministe dans l’histoire même du continent. Rencontre.
PROPOS RECUEILLIS PAR 
Publié le  – Modifié le  | Le Point Afrique goo.gl/uTiqqL

Quel est le lien entre Simone de Beauvoir, Chimamanda Ngozi Adichie et Awa Thiam Mariama Bâ ? La défense de la cause des femmes, mais chacune à sa manière. Dans Vous avez dit féministe ? (L’Harmattan, 2018), la romancière Ndèye Fatou Kane, 31 ans, les met en scène tant pour exposer leurs points de vue que pour répondre à ses propres questions, à elle, la Hal-pulaar sénégalaise, femme et de la génération Y. Devenue un poil à gratter de la société sénégalaise et dans une certaine mesure de l’Afrique de l’Ouest, elle a, il est vrai, de qui tenir : elle est la petite-fille de Cheikh Hamidou Kane, l’auteur de L’Aventure ambiguë (Julliard, 1961). En 2014, elle publie chez L’Harmattan son premier roman, Le Malheur de vivre, suivi deux ans plus tard par Franklin, l’insoumis (La Doxa) et Vous avez dit féministe ?, un pamphlet dans lequel elle exhume les grandes figures du féminisme, de l’Europe au Nigeria, en passant par la Coordination des femmes noires à la fin des années 1970, fondée par la Sénégalaise Awa Thiam, l’auteur de La Parole aux négresses… Elle y réfléchit sur « l’afro-féminisme », le « happy feminism », la « misogynie », le « genre, », etc. Ce qu’elle a découvert ? Que depuis longtemps, des Africaines combattent pour faire reconnaître leurs droits de femmes, et ce bien qu’elles soient marginalisées dans les mouvements féministes et mises à l’index dans leurs propres communautés pour leur supposée déloyauté. Elle s’est confiée au Point Afrique.

Le Point Afrique : le terme « féministe » a-t-il un sens en Afrique ?

Ndèye Fatou Kane : L’Afrique est un continent aux expériences politiques, historiques et culturelles diverses, et donc aux réalités féministes tout aussi variées. Je me limiterai plus spécifiquement à l’Afrique de l’Ouest et au Sénégal où je vis et mène l’essentiel de mes recherches. Ceci étant, c’est une réalité : dans toutes les nations africaines, les femmes ont joué un rôle majeur ; elles ont activement pris part aux luttes de libération et aux mouvements pour le changement social, même si la plupart ne se sont jamais réclamées du féminisme au sens où on l’entend en Occident. Cheikh Anta Diop, dans L’Unité culturelle de l’Afrique noire, affirme que les sociétés africaines étaient essentiellement matriarcales : les femmes avaient le pouvoir politique, économique et aussi religieux. Dans les sociétés Lébous au Sénégal, une des sociétés traditionnelles de pêcheurs, ce sont elles qui prennent les décisions. Lorsque les Français sont arrivés au Sénégal en 1855 pour le coloniser, la première force de résistance qu’ils ont rencontrée est une femme, la reine mère Ndaté Yalla Mboj qui gouvernait le royaume Waalo. En ces temps-là, les femmes étaient formées aux métiers des armes et préparées à prendre la relève pour défendre le pays en l’absence des hommes. Les souverains sénégalais des Royaumes wolofs portaient le titre de « Brack », et leurs mères ou leurs sœurs étaient appelées « Linguères ». Elles pouvaient leur succéder et certaines dirigeaient elles-mêmes leur armée. C’étaient des guerrières, tout comme les Amazones de l’ancien royaume du Dahomey. Et on remarque que les récits de guerrières, reines ou chefs de clans ne manquent pas dans le continent.

 © Blanchetti / Leemage
Nzinga Mbandi, guerrière indétrônable, a régné quarante ans sur l’actuel Angola. © Blanchetti / Leemage


Ensuite, il y a eu la colonisation et l’arrivée des religions dites révélées…

Avec l’évolution des sociétés, l’importation des monothéismes, notamment de l’islam, ainsi que la colonisation, le pouvoir a basculé du côté des hommes. Aujourd’hui, ce matriarcat subsiste quelque peu dans certaines sociétés, chez les Touareg ou les Bamilékés de l’ouest du Cameroun. Là, les souverains sont toujours issus de la branche maternelle, par matrilinéarité.

Comment expliquez-vous que le continent ait compté autant de femmes de pouvoir, « reines », « guerrières », etc., souvent décrites comme « sanguinaires », « méchantes »…

Ce sont les sociétés africaines qui leur ont donné ce pouvoir. Mais j’ai un problème avec les appellations « reines », « guerrières », car cela sous-entend qu’elles ont une part de masculinité en elles. Il faut toujours qu’on ramène sur le devant de la scène leur part de masculinité pour pouvoir mieux les accepter. Or, elles peuvent être à la fois féminines et fortes. Je pense à Aline Sitoé Diatta, héroïne de la résistance anticolonialiste en Casamance, au Sénégal. On disait qu’elle était comme un homme, qu’elle s’entrainait comme les hommes. J’ai l’impression que pour être acceptéees, et pour dire qu’elles ont fait de grandes choses, il faut qu’elles soient tout le temps comparées aux hommes.

Faut-il différencier les combats que mènent ces «  féministes  » à travers le continent ?

Il existe des différences, même si certaines causes se rejoignent. Au Sénégal, les femmes se sont fait connaître de plus en plus dans les années post-indépendances, les années 60-70. On appelle cette période l’âge d’or du féminisme, car on a vu l’émergence des premières femmes féministes, telles que Marie-Angélique Savané, Awa Sarr ou Fatou Sow. Leurs combats portaient sur l’autonomisation des femmes et le maintien des filles à l’école. Dans d’autres pays, on a privilégié la possibilité de travailler ou de voter. Les causes sont nombreuses et variées, mais l’objectif à atteindre est le même : celui de voir les femmes plus libres, plus émancipées.

 © Photographie d'Edouard Joubeaud
En 1979, Mariama Bâ publie son premier roman « Une si longue lettre » aux Nouvelles Éditions Africaines. Dans ce roman épistolaire, Ramatoulaye, récemment veuve, écrit une lettre à sa meilleure amie, Aïssatou. Elle y évoque ses conditions de femme, d’épouse, de mère, celles de son amie à qui son mari impose une seconde épouse et qui choisit de le quitter ; autant de sujets qui sont chers à l’écrivaine. © Photographie d’Edouard Joubeaud


Pensez-vous que les luttes d’une femme « noire », ou d’une Africaine sont les mêmes que celles d’une Européenne, d’une Américaine ou d’une Asiatique ?

Ce n’est pas les mêmes objectifs. Les Européennes ont au moins cinquante ans d’avance même si elles se battent encore aujourd’hui. Chez nous, il y a tout à faire. Aujourd’hui, on ne peut pas avoir les mêmes combats. Si une femme se fait violer à Paris, bien sûr que je suis solidaire, mais je pense quand même que nous avons des urgences sur les plans éducatifs, scolaires, des droits de base, etc. Sur ces sujets, les Occidentales sont déjà bien plus avancées que nous.

Mais quels points communs entre Simone de Beauvoir et Mariama Bâ ou encore Chimamanda Ngozie Adichie ?

Elles ont été courageuses. Beauvoir n’a ni les mêmes références ni la même culture que les femmes africaines, mais elle est incontournable. Elle venait d’une famille bourgeoise, ancrée dans ses traditions, elle a étudié, été une femme qui écrit. Ce n’était pas évident pour elle. Il lui a fallu beaucoup de courage, j’admire cela, bien que je ne partage pas toutes ses positions notamment sur la féminité ou le mariage.

* Ndèye Fatou Kane vient de publier « Vous avez dit féministe ? » (L’Harmattan, 2018), un court essai suivi d’une fiction intitulée «  (In) certitudes » .


Mariages arrangés, mariages forcés ? « 7 milliards de voisin.e.s » RFI

Vidéos

Retrouvez Emmanuelle Bastide pour son émission « 7 milliards de voisins » sur Rfi, 

Y-a-t-il une différence entre un mariage forcé et un mariage arrangé ? Ecoutez la réponse de Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice générale du GAMS.
Considéré comme une atteinte aux droits de l’Homme par l’ONU, le mariage forcé concerne principalement des jeunes de moins de 18 ans. Dans le monde, ce seraient près de 700 000 millions de femmes et 150 000 millions d’hommes qui ont été mariés de force selon une estimation de l’ONU. Si la prévalence du mariage précoce recule, encore 12 millions de fillettes ont été mariées cette année. Quelle distinction entre les mariages arrangés et les mariages forcés ? Quels sont les pays les plus touchés ? Comment permettre aux filles et aux garçons de dire non ?
Retrouvez Emmanuelle Bastide pour son émission « 7 milliards de voisins » sur Rfi, en compagnie de ses invités :
– Ingrid Therwath, journaliste à Courrier International, spécialiste de l’Inde et co-auteur du livre « Etre jeune en Asie : Chine, Inde, Japon » aux éditions Philippe Picquier
– Christine-Sarah Jama, juriste de l’association voix de femmes-SOS mariage forcé
– Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice générale du Groupe femmes pour l’abolition des mutilations sexuelles – GAMS.
Vous pourrez également entendre un reportage au Liban de Nicolas Feldmann : Elle souhaite qu’on l’appelle Fatmé, elle vient du sud du Liban. Elle avait 15 ans lorsqu’elle a épousé un homme de 29 ans. Après dix ans de mariage et deux enfants avec lui, elle vient tout juste de se séparer.
Pour écouter l’émission dans son intégralité, c’est ici : http://www.rfi.fr/emission/20180911-mariages-arranges-mariages-forces-comment-finir


Lourdes condamnations contre les violences faites aux femmes Maroc, dont les mariages forcés

De lourdes peines attendent bientôt les harceleurs au Maroc

C’est officiel. La nouvelle loi sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes entre en vigueur à partir du 12 septembre. Une bonne nouvelle pour les Marocaines qui seront désormais protégées contre toute forme d’agression morale et physique en milieu professionnel, dans l’espace public et également de la part des proches. Cette nouvelle réglementation, une première au Maroc, sanctionne d’abord les harceleurs .

Selon L’Economiste, est considéré comme tel toute personne ayant insisté à offenser autrui, via des actes ou paroles ou signes ayant une nature sexuelle. Cette loi considère également l’envoi de messages électroniques ou des enregistrements ou des photos à caractère sexuel comme véritable crime et condamne les coupables à des peines d’emprisonnement de 1 à 6 mois et d’une amende de 2000 à 10.000 dirhams ou de l’une des deux sanctions.

Les insultes à l’encontre de la gent féminine ne seront également plus tolérées et leurs auteurs devront payer une amende de 12.000 à 60.000 dirhams. Cette somme peut atteindre 120.000 dirhams en cas de diffamation, rapporte le quotidien.

En parallèle, le chantage électronique ne passera plus sans sanction puisque la nouvelle loi considère comme crime le fait de faire chanter une femme en menaçant de divulguer sur internet des photos privées ou compromettantes sans son consentement. Les coupables risquent l’emprisonnement de 6 mois à 3 ans en plus d’une amende de 2000 à 20.000 dirhams. Quand l’auteur du crime est l’époux, le fiancé, un proche de la victime ou une personne ayant une tutelle sur elle, la sanction varie de 1 à 5 ans de prison en plus d’une amende de 5.000 à 50.000 dirhams.

La loi a également prévu certaines mesures pour protéger les victimes des tentatives de vengeance. Les personnes ayant été condamnées pour harcèlement contre une femme pourraient, en effet, être interdites de contacter leur victime pendant 5 ans, à partir de la fin de leur peine d’emprisonnement.

Par ailleurs, cette nouvelle réglementation a déclaré la guerre aux mariages forcés, au grand bonheur des ONG. D’après L’Economiste, toute personne ayant contraint une autre au mariage par la force ou pas la menace est passible d’une peine de prison de 6 mois à un an et d’une amende de 10.000 à 30.000 dirhams. Si la victime est mineure ou en situation de handicap physique ou mental, les sanctions sont doublées.

N.M.

Source : https://www.lesiteinfo.com/maroc/de-lourdes-peines-attendent-bientot-les-harceleurs-au-maroc/


Les demandeuses d’asile et les réfugiées face aux violences racistes, sexuelles et sexistes

Depuis février 2018, des débats ont lieu autour de la loi « asile et immigration ».  A l’occasion de ces discussions, France Terre d’Asile a réalisé une étude sur le thème des violences faites aux femmes demandeuses d’asile et réfugiées en France.  Cette étude a été l’occasion de dénoncer ces violences et l’insuffisance de leur prise en compte.

 

Des violences sur le territoire français

L’étude le rappelle : en France, les violences faites aux femmes sont présentes, et répandues. En 2016, 200 000 femmes ont été victimes de violences physiques, et 15 500 de violences sexuelles. Pour les demandeuses d’asile et les réfugiées, les violences ne cessent donc pas quand elles traversent la frontière française. Elles sont même des sujets particulièrement exposés aux violences, comme cela a été reconnu dès 1993 par le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), qui estime désormais qu’il s’agit du problème le plus répandu dont il est saisi.

Les violences que les migrantes subissent sont encore invisibles, leurs besoins spécifiques ne sont pas pris en compte, et les problématiques propres auxquelles elles sont confrontées restent peu connues. Les femmes représentent pourtant de plus en plus de migrant.e.s : 48% des personnes migrant.e.s à travers le monde (1) ; à l’échelle française, 35% des demandeuses/demandeurs d’asile et 40.5% parmi les personnes sous protection de l’OFPRA.

Elles sont à la fois soumises à plus de facteurs de risques et à plus de difficultés dans la prévention et la protection de ces violences.

 

La multiplication des facteurs de violences

Les violences auxquelles sont exposées les femmes demandeuses d’asile et les migrantes naissent souvent de leur difficulté d’adaptation dans le pays de refuge : elles sont confrontées à la perte de leurs repères et de leur culture, à la barrière de la langue, et parfois au racisme et au sexisme. Ces facteurs les placent dans une situation de grand isolement, et de précarité.

Cela s’observe surtout dans les  conditions d’accueil des demandeuses d’asile et des migrantes. Du fait du manque de place dans les centres, il n’y a pas de mesures spécifiques ou de locaux spéciaux prévus pour les femmes. Le problème est parfois plus important encore, certaines femmes étant contraintes de dormir dans la rue du fait du manque de place. Cette situation les expose alors à des agressions physiques et sexuelles, ou à des situations d’exploitations sexuelles, les femmes recourant à la prostitution de survie pour manger ou avoir un endroit ou dormir : 80% des prostituées sont d’origine étrangère.

C’est pourquoi le rapport recommande de meilleures identifications, prises en compte et protections des victimes, mais surtout la mise en place d’hébergements adéquats.

 

L’absence de prise en charge adaptée

Les professionnel.le.s de l’asile sont souvent peu formé.e.s sur les violences de genre car il y a peu de documentation sur le sujet à leur disposition. Les campagnes de lutte contre les violences sont souvent inadaptées aux demandeuses d’asile et aux migrantes : elles ne prennent pas en compte les facteurs de risque qui exposent d’avantage ces femmes aux violences. Quelques actions d’information et de sensibilisation ont été proposées par des collectifs ou associations créées pour répondre aux cas de violences spécifiques (Kali ou le Rajfire par exemple). Ces quelques actions sont néanmoins rarement connues et donc rarement accessibles. Cette absence de transversalité pourrait être palliée par une coopération entre ces deux secteurs, mais un manque de lien est à déplorer.

Le rapport préconise donc une formation des professionnel.le.s de l’asile aux problématiques liées au genre. Parallèlement, il insiste sur l’importance d’une réelle prise en compte des femmes demandeuses d’asile  et réfugiées dans les politiques de prévention des violences basées sur le genre. Enfin, il insiste sur l’importance de la coopération entre ces deux types d’actrices/acteurs.

 

Rendre le pouvoir aux réfugiées

Le rapport de France Terre d’Asile met à jour l’importance de l’autonomie, de la participation des femmes et la mise en place d’initiatives portées par les demandeuses d’asile et les réfugiées elles-mêmes. Leur mobilisation autour d’un projet autonome permet la sortie des femmes de leur isolement et pallie leur manque de repères. Cela les aide également à  trouver des logements ou des compléments de revenus.

Cette réappropriation peut se faire par la participation des femmes dans la communauté d’accueil, comme tente de le faire des associations telle que Du Pain et des Roses, mais surtout par le fait de rétablir le dialogue entre ces femmes. A ce titre, une expérience menée par la Maison des Femmes de Paris,  qui proposait un échange en petits groupes sur des sujets choisis par les femmes elles-mêmes a montré que cela favorisait la libération de la parole.

 

Des lacunes législatives et procédurales

S’il est important de valoriser l’action des réfugié.e.s, rien ne peut être fait s’il n’existe pas un cadre législatif et administratif qui respecte leurs droits ; or il existe à plusieurs échelles des facteurs favorisant les violences. Le système Dublin (2), actuellement en vigueur, ne permet pas de protéger les femmes contre les violences. Les femmes demandeuses d’asile et migrantes ne bénéficient pas d’informations claires sur le droit en France, ou d’une aide d’interprétariat pour y avoir pleinement accès. Lorsqu’elles subissent des violences, elles ne portent pas plainte par crainte que cela ait un impact négatif sur leur demande d’asile ; ainsi, dans les Centre d’Accueil des Demandeuses/Demandeurs d’Asile (CADA), les femmes ayant subi des violences en France les minimisent. Les CADA eux-mêmes se concentrent sur ce qui a été vécu avant, et sur ce qui a poussé les femmes à partir. Il y a une volonté de traiter les violences subies « au pays », mais les violences subies en France ne sont, elles, ni traitées ni même évoquées.

Le premier pas pour remédier à ces problématiques serait donc de reconnaître et de traiter les violences vécues en France. Une action législative doit ainsi être envisagée. Le Sénat ayant adopté le 26 juin une version durcie du projet de loi Collomb, il est primordial d’interpeller l’Assemblée Nationale, qui s’apprête à examiner de nouveau cette loi qui passe sous silence les violences faites aux femmes réfugiées.

 

Pauline Larrochette, 50-50 magazine http://www.50-50magazine.fr/2018/07/03/les-demandeuses-dasile-et-les-refugiees-face-aux-violences/

Photo de Une ©UNHCR/James Oatway

1 Chiffres de l’ONU, en 2015

2 Cette législation européenne, qui prévoit que les dossiers des demandeuses et demandeurs d’asile sont traitées dans le pays européen dans lequel ils arrivent favorise le renvoi des demandeur.euse.s de la France vers la Grèce et l’Italie, ou les conditions d’accueil sont critiques.


Fatoumata Diawara, une voix qui porte, une voix de griot pop au service des droits des femmes.

La chanteuse et comédienne malienne présente tout l’été son superbe album Fenfo (« Quelque chose à dire » en bambara). Onze chansons au rythme enivrant et aux paroles engagées.

Fatoumata Diawara, une voix de griot pop au service des droits des femmes.

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Fatoumata Diawara, une voix de griot pop au service des droits des femmes. / Aïda Muluneh

Elle aime « donner son âme quand elle chante ». Cette âme s’entend dans les chansons dont Fatoumata Diawara nous enivre avec son nouvel album Fenfo. Onze titres chantés dans sa langue maternelle, le bambara, mêlant guitare électrique et instruments traditionnels (kora, kamalé, n’goni), transcendés par la puissance de son ample voix de griot pop.

Engagée pour les droits des femmes

Cette voix, beaucoup l’ont découverte l’an dernier avec Lamomali, l’album afro-pop de Matthieu Chedid, accompagné de Toumani et son fils Sidiki Diabaté, et de Fatoumata Diawara : 200 000 albums vendus, une Victoire de la musique, une tournée à guichets fermés… Et la confirmation du talent éclatant d’une jeune femme de 36 ans, révélée en 2002 dans le film franco-burkinabé Sia, le rêve du python, puis devenue sur scène la puissante sorcière Karaba dans la comédie musicale Kirikou et Karaba tirée du film de Michel Ocelot.

Fatoumata Diawara alterne musique et cinéma avec boulimie. Son premier album, Fatou, en 2011, et son rôle dans le film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, dont elle a aussi signé la BO, montraient déjà la solidité de ses engagements. Fenfo confirme à nouveau qu’elle a « quelque chose à dire ». Un propos grave, dénonçant l’esclavage moderne (dans Djonya), affirmant les droits de la femme, luttant contre l’excision et les mariages forcés, évoquant les ravages de l’exil.

Une musique dansante et métissée

« Mon amour, mon confident, est parti tellement loin et ne m’a pas donné de nouvelles », chante Fatoumata Diawara dans Nterini. Cetitre majeur évoque avec délicatesse les femmes de migrants, victimes, elles aussi, de ces départs incessants, à hauts risques, en Méditerranée, dans l’espoir d’un avenir meilleur.

Porté par une musique dansante et métissée, Fenfo associe des musiciens africains au violoncelliste Vincent Ségal (sur deux titres), et à Matthieu Chedid (co-réalisateur de l’album avec sa complice africaine) à la guitare et aux claviers. On y trouve des ballades et de l’afro-pop, on y entend des berceuses et des transes. Fatoumata Diawara l’hyperactive les chantera tout l’été, avant de revenir à la rentrée, au cinéma, dans le film Toucouleur, aux côtés d’Omar Sy.


La fistule obstétricale, maladie des adolescentes mariées précocement et/ou excisées

Beaucoup de femmes en Afrique sub-saharienne continuent de souffrir de fistules obstétricales. Cette lésion est causée par une mauvaise prise en charge médicale, mais elle est surtout la conséquence de leur précarité sociale. Notamment du fait que les filles se voient imposer des mariages précoces.

La fistule obstétricale, lésion qui survient pendant l’accouchement, a disparu dans les pays développés. Selon les Nations Unies, un à deux millions de femmes vivraient avec une fistule dans le monde en développement, notamment en Afrique et en Asie. Un chiffre en deçà de la réalité car elle est source d’exclusion.

La fistule est une déchirure entre le vagin et la vessie, ou entre le vagin et le rectum, ou encore les deux. La perforation est due à un travail difficile pendant l’accouchement et à une absence ou à une mauvaise prise en charge médicale.
Dans les pays en voie de développement, environ 58% des femmes accouchent avec l’aide d’un professionnel de la santé, médecin ou sage-femme, et seulement 40% dans un hôpital ou un centre médical.
Outre la douleur de perdre son bébé, ce qui arrive souvent, cette lésion provoque chez la mère une incontinence urinaire, parfois fécale. La femme est par conséquent toujours souillée. Et elle finit par être rejetée par son compagnon et mise au ban de sa communauté.

Franceinfo/Géopolis – Première diffusion : 16 juin 2018

Mettre fin aux grossesses et aux mariages précoces
Les fistules obstétricales surviennent principalement chez les jeunes filles dont le corps n’est pas assez mature pour enfanter. Repousser l’âge des premières grossesses est la première arme contre la fistule.

Eradiquer la fistule d’ici une génération, comme l’espèrent les Nations Unies, passe ainsi par la lutte contre les mariages précoces: 65% des femmes qui ont une fistule en sont victimes. Les fistules et les mariages précoces sont un double fléau en Afrique subsaharienne, la région du monde où l’on marie le plus les enfants.
Le combat contre la fistule passe également par la fin des pratiques traditionnelles rétrogrades comme les mutilations génitales.
La fistule se guérit mais a un coût prohibitif pour les victimes. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le coût moyen du traitement est estimé à près de 350 euros. Par conséquent, ce sont souvent des ONG ou des associations caritatives qui prennent en charge ces opérations. A l’instar de l’ONG nigérienne, Dimol. Grâce la chirurgie, la grande majorité des femmes retrouvent une vie normale, même des décennies après le drame.
Depuis 2003, le Fonds des Nations unies pour la population a lancé la campagne #EndFistula («en finir avec la fistule») dans une cinquantaine de pays, principalement en Afrique sub-saharienne, afin de lutter contre un mal qui est considéré comme une atteinte aux droits humains.
Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 14/06/2018 à 16H40

Contre l’excision, ce pasteur kenyan défend la «divinité du clitoris»

Timothy Njoya était au tribunal à Nairobi pour demander qu’on «laisse le clitoris là où Dieu l’a placé».

Un outil utilisé pour l'excision en Ouganda en janvier 2018. | YASUYOSHI CHIBA / AFP
Un outil utilisé pour l’excision en Ouganda en janvier 2018. | YASUYOSHI CHIBA / AFP

La mutilation génitale féminine est interdite au Kenya depuis 2011, mais la docteure Tatu Kamau, une ancienne membre du gouvernement, a déposé une plainte en janvier 2018 pour demander la légalisation de l’excision (qui continue d’être pratiquée mais est passible de poursuites). Selon Kamau, chaque communauté doit pouvoir pratiquer sa «culture sans l’imposition impérialiste venant d’une autre culture qui a d’autres croyances et normes».

Au tribunal, elle a dû faire face à Timothy Njoya, un pasteur de 76 ans qui milite contre l’excision et a récemment publié un livre intitulé La divinité du clitoris dans lequel il célèbre le fait que sa mère ait réussi à échapper à l’excision en 1925.

Entourée de femmes victimes de mutilations génitales, il a déclaré face aux caméras: «Laissez le clitoris où dieu l’a placé».

Timothy Njoya@timothynjoya

Dans les années 1980 et 1990, Njoya était un opposant du gouvernement autoritaire kenyan, et en 1999, il a fondé l’organisation Men for Equality with Women, qui encourage les hommes à respecter les droits des femmes. Il semble vivre ces préceptes d’égalité au quotidien.

En effet, dans une série de tweets en 2017, le pasteur, qui est à la retraite et se décrit comme «homme au foyer», avait parlé de ses contributions aux tâches domestiques, un sujet controversé pour la plupart des hommes kenyans.

Il avait même tweeté une photo du linge qu’il avait lavé et étendu:

Timothy Njoya@timothynjoya

9am. I’v just done my laudry since breakfast.I tithe all the money I save by shaving myself and washing my clothes.

Selon le Nairobi News, Njoya voulait montrer que laver le linge et nettoyer ne sont pas des activités qui ôtent leur masculinité aux hommes.

Source : Repéré par Claire Levenson —  — mis à jour le 13 juin 2018 à 10h18

http://www.slate.fr/story/163091/contre-excision-pasteur-kenyan-divinite-clitoris