Invitationsamedi3février2018
RUNGANO NYONI, Réalisatrice

[JE NE SUIS PAS UNE SORCIÈRE] Rungano NYONI, conteuse zambienne #film

La réalisatrice d’origine zambienne, Rungano Nyoni, signe son premier film, I’m not a Witch, qui sortira en salles le 27 décembre en France. Un conte campé dans la réalité des femmes sorcières en Afrique, isolées de la société. Entretien.

 A peine débarquée du Portugal – où elle vit depuis plusieurs années – pour assurer la promotion de son premier film tourné en Zambie, I’m Not a Witch (Je ne suis pas une sorcière), que la réalisatrice britanno-zambienne de 35 ans semble déjà impatiente de quitter l’humidité parisienne. Ultra sollicitée, Rungano Nyoni a à peine le temps d’avaler une cuiller de son plat de riz tant elle enchaîne les rencontres presse depuis le début de la journée, dans cet hôtel arty du 9earrondissement. Pour autant, elle est consciente de « la chance » qu’elle a. Et pour cause, outre son homologue nigériane, la réalisatrice Omoni Oboli dont le nom n’est plus à faire à Nollywood, elles sont peu nombreuses à jouir d’une exposition hors des frontières du continent.

Rungano Nyoni ne se réclamait pas du statut de réalisatrice africaine avant d’en faire le constat. D’abord au festival de Cannes, où là encore, elle faisait quasi figure d’exception en présentant ce même long-métrage lors de la Quinzaine des réalisateurs. Mais ce n’est pas l’unique raison d’en parler.

Avec I’m not a Witch, Rungano Nyoni signe une fable tragi-comique d’une beauté rare. Elle nous emmène à la rencontre d’une fillette de 9 ans, Shula, accusée de sorcellerie, qui sera placée dans un camp de sorcières et privée de sa liberté. La réalisatrice s’aventure avec brio sur le terrain du conte pour porter un regard tantôt satirique tantôt désespéré sur les croyances populaires qui régissent les sociétés africaines… Et plus largement les sociétés patriarcales. Mais à aucun moment elle ne porte de jugement… Et c’est là que cette « outsider », comme elle se définit elle-même, réalise un coup de maître.

Si Rungano, qui signifie « histoire », « conteur » en langue shona, a beaucoup à dire et montrer, qu’elle s’est ultra documentée pour nous donner à voir sa vision du monde, elle conserve la distance nécessaire du démiurge. Merveilleusement contemplative, sans être totalement apolitique, I’m not a Witch fait l’économie des mots pour mieux nous laisser juger par nous-mêmes…

Que saviez-vous de la réalité des camps de sorcières en Zambie, et en Afrique, avant de réaliser ce film ?

J’ai fait beaucoup de recherches, et je suis allée dans l’un de ces camps, dans le nord du Ghana. Les camps de sorcières, dit comme cela, ça sonne très dramatique. Mais, en réalité, ces femmes que l’on accuse d’être sorcières sont chassées du village ou menacées de mort. Elles trouvent, de fait, refuge dans ces camps. Et sont en sécurité. Le problème de ces camps, c’est qu’en contrepartie, en échange de cette protection, ces femmes doivent travailler gratuitement. C’est une sorte d’esclavage.

Il y a la question de l’esclavage moderne… Et celle des zoos humains aussi, qui est évoquée dans le film.

Oui, la question des zoos humains est prégnante. Je me suis rendue dans un camp urbain. Et j’ai été la première à demander si je pouvais prendre des photos tout en étant bien consciente de ma requête. Les femmes ont réagi de manière très violente, c’était un non catégorique ! Elles ont fini par m’avouer qu’énormément de personnes venaient et prenaient des photos puis repartaient. Donc, il m’est venue cette idée. Je voulais aussi évoquer l’idée des Africains exploitant les Africains. Parce qu’in fine tout le monde exploite les femmes.

C’est ce que je ressens avec certaines ONG, qui d’une certaine manière se font de l’argent sous couvert d’altruisme… Dans le camp où je me suis rendue, on venait de construire des huttes, mais il fallait voir leur état : petites, horribles, très mal conçues. Et on y met des femmes dedans ! Dire que des gens paient très cher pour construire des habitations pour ces femmes, et voilà le résultat.

I’m Not a Witch, un film politique ?

Je ne sais pas si ce film est politique, mais ce dont je suis certaine c’est que je voulais provoquer. Et parler de plein de choses. Au final, je pense avoir pu exprimer tout ce que je voulais.

J’ai grandi dans un environnement humanitaire. Ma mère tenait un centre de réfugiés au Pays de Galles, composé de femmes victimes de violences domestiques. Elles fuyaient en secret, avec leurs enfants. Nombre d’entre elles, en particulier les non-Britanniques, vivaient dans des situations très difficiles. Ostracisées par leur communauté, elles devaient en plus gérer les problèmes de visas, d’immigration etc. En quelque sorte, dans la construction de ces organisations, j’y ai trouvé des similarités avec les camps de sorcières : toutes ces femmes réunies et privées de leur liberté.

I’m not a Witch de Rungano Nyoni

Ces camps sont exclusivement féminins et sont contrôlés par des hommes. On sent la volonté chez vous de pointer du doigt les sociétés patriarcales…

Oui ! On ne peut pas y échapper. J’ai été directement témoin des sociétés patriarcales au Ghana. Parce qu’en Zambie, on a affaire à une société matriarcale. Mais au final, ça ne change pas grand-chose, parce que la société reste dirigée par les hommes. Mais au Ghana, c’était le choc !

Je ne pense pas que les camps de sorcières soient une question de croyances ou de spiritualité. Non, il est question de l’oppression faite aux femmes. Cette histoire permet de poser une question universelle : comment se débarrasser de cette misogynie qui déferle partout dans le monde ? Malheureusement, je n’ai pas la réponse…

Qui est Shula, cette petite fille accusée de sorcellerie, protagoniste du film ? Pourquoi avoir opté pour un personnage aussi jeune ?

Les femmes dans ce camp sont fatalistes, elles se sentent condamnées. Alors j’ai commencé à imaginer le personnage qui les ferait changer… Au départ, j’ai pensé à une femme forte, féministe, qui ferait un peu sa révolution. Puis, je me suis qu’il fallait éviter les bavardages de type « Agissons ! A nous liberté ! » etc. Ça ne se passe pas comme ça dans la vraie vie. La seule chose qui pouvait changer l’état d’esprit de ces femmes était de voir, à travers une petite fille, à quel point leur situation est injuste.

Le changement requiert souvent l’intervention de beaucoup de personnes. Mais parfois, une seule personne suffit. Shula est une sorte d’agneau sacrifié.

Shula – I’m not a Witch de Rungano Nyoni

L’exclusion se retrouve aussi à travers la question du colorisme, traitée en toile de fond. La communauté albinos est exclue du reste de la société, les personnes à la peau très foncée aussi…

Oui, je voulais vraiment aborder le sujet. Encore, une fois, je parle de plein de choses. Mais le colorisme est partout. Et commence chez nous, au sein de nos propres communautés. Même la petite fille de mon film m’a confié, à huit ans, ne pas se trouver jolie, parce qu’elle est foncée. Elle se comparait à moi. Bien sûr, je lui disais qu’elle était belle. C’est insensé ! Mais où tout cela commence ? Moi-même, quand j’étais plus jeune, je me comparais aux peaux plus claires… Puis j’ai visionné Sister Sister (rires) – série américaine des années 90 – et je me suis identifiée à ces deux ados noires ! Plus on sera exposés de façon multiple, et plus les critères de beauté changeront.

Vous êtes née à Lusaka, capitale de la Zambie, avez grandi au Pays de Galles, et vivez aujourd’hui au Portugal… Comment vivez-vous votre identité culturelle ?

J’ai toujours l’impression d’être une outsider, partout où je vais. Mon grand-père est espagnol, mon père est clair de peau et les gens ont toujours été fascinés devant lui. Ma mère est zambienne et foncée de peau. Aujourd’hui, la Zambie est un peu plus mixte, mais à l’époque, vu mon background, j’avais la sensation de ne pas représenter grand-chose. Quand je dis que je suis zambienne, on ne me croit pas. Idem lorsque je dis que je suis britannique… Alors je laisse les gens me définir. Le seul moyen pour me décrire est de dire où je suis née, où j’ai grandi et où je vis. Et parce que je suis une outsider, cela me permet de garder une certaine objectivité dans ma manière de travailler. C’est un avantage en tant que réalisatrice, mais un inconvénient en tant qu’individu.

Ce n’est pas la première fois que vous campez une histoire en Zambie. Votre court-métrage Mwansa the great se déroulait déjà là-bas… Était-ce important pour vous de tourner là-bas ?

Au départ, l’histoire ne se passait pas en Zambie. L’industrie du cinéma est quasi inexistante, j’ai pensé qu’il serait très compliqué de réaliser un film là-bas. Le pays est jeune, le cinéma aussi. Mais finalement, quand je suis passée à l’écriture, je ne voyais que la Zambie. Alors, j’ai juste décidé d’y aller ! Même s’il s’agit d’un conte, l’ambiance générale, les différentes langues et lieux identifiés sont là. La structure du conte aussi reflète d’une certaine manière la culture zambienne. J’ai quitté la Zambie à l’âge de neuf ans, et y retourne chaque année pour y rester quelques mois. Alors c’était important pour moi.

Source : Eva SauphieLa minute Afro Chic by Into The Chic



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Asile et Excision – Actualités sur le Certificat Médical – Paris – 29 janvier 2018

L’association Excision, parlons-en! a le plaisir de vous inviter à sa conférence-débat « ASILE ET EXCISION : actualités sur  le certificat médical », qui se tiendra le 29 janvier 2018 à 14h au Palais du Luxembourg à Paris.

Nous échangerons à cette occasion sur la question de l’établissement du certificat médical dans le cadre de la protection internationale prévue pour les personnes exposées au risque d’excision en France ou en cas de retour dans leur pays d’origine, en présence de l’OFPRA, d’un médecin légiste en Unité Médico Judiciaire, et d’un médecin gynécologue spécialisé sur les problématiques des Mutilations Sexuelles Féminines.

Inscription obligatoire avant le 20 décembre ici : http://bit.ly/2A8frkA

Programme de la conférence-débat (également en PJ):

  • 13h30 : Accueil
  • 14h00 : Ouverture
    • Esther BENBASSA, Sénatrice de Paris Île de France
    • Moïra SAUVAGE, Vice-Présidente d’Excision, parlons-en!
  • 14h15 : Introduction – Présentation du texte, problématique et enjeux
    • Maître Judith CORONEL-KISSOUS, avocate au barreau de Paris et Vice-Présidente d’Excision, parlons-en!
  • 14h35 : Analyse par l’OFPRA
    • Sophie PEGLIASCO, cheffe de cabinet du Directeur Général de l’OFPRA
  • 15h15 : Le certificat médical délivré par les UMJ
    • Dr Judith TRINQUART, médecin-légiste à l’UMJ de Gonesse Île de France
  • 15h45 : Le certificat médical délivré par les centres de santé spécialistes de l’excision
    • Dr Ghada HATEM, gynécologue, médecin cheffe de la Maison des Femmes, hôpital de Saint-Denis, Île de France
  • 16h15 : Excision, des réalités contrastées, selon les pays. Point à date.
    • Isabelle GILLETTE-FAYE, sociologue,directrice du GAMS et Présidente d’Excision, parlons-en!
  • 16h55 : Clôture

Pour télécharger le programme, cliquez ci-après : Programme_Asile&Excision_ExcisionParlonsEn


Crédits: DR In Fratmatinfo

Mariage forcé: 40% des filles mariées avant l’âge de 18 ans en Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, la loi fixe l’âge minimum du mariage à 18 ans pour les filles. Mais une enquête du Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef) révèle qu’en 2016, dans l’ouest ivoirien, 58% de filles de moins de 15 ans sont déjà en union, suivi du sud-ouest dont le taux est de 53% et du nord-ouest avec 52%. Cela signifie que plus de 4 filles sur 10 (soit 40%) ont été contraintes au mariage avant l’âge de 18 ans.

Ces informations ont été communiquées lors d’une campagne de lutte contre les Violences basées sur le genre (Vbg) ce mercredi 29 novembre 2017, au lycée moderne 2 d’Abobo.

Selon Mme Claudine Hien, inspecteur d’éducation spécialisée et responsable de la cellule sociale dudit établissement, ces activités s’inscrivent dans le cadre des 16 jours d’activisme de la campagne mondiale contre la violence à l’égard des femmes et des filles. Qui se déroulent du 25 novembre au 10 décembre 2017 autour du thème: « Mettons fin au mariage des filles pour un avenir meilleur ».

Les élèves ont été instruits sur les conséquences des mariages précoces et forcés en Côte d’Ivoire dont les causes fondamentales sont la pauvreté et les considérations culturelles dans certaines sociétés. Puis les conséquences de ce fléau ont été identifiées par les communicateurs.

Il s’agit, entre autres, de la dégradation de la santé sexuelle, les grossesses précoces, les accouchements à risques, le Vih/Sida, les infections sexuellement transmissibles, la marginalisation des filles victimes, le décrochage scolaire, le traumatisme, le suicide, la fragilisation.

Face à cette triste réalité, le gouvernement ivoirien, le système des Nations unies et la société civile ont initié des actions en vue d’éradiquer ce phénomène. Mais, des défis restent encore à relever.

C’est pourquoi, les élèves ont été exhortés à dénoncer tout acte ou tentative qui vise à conduire une fille au mariage forcé dans leurs lieux de résidence respectifs ou à l’école. Il leur est également demandé d’interpeller la police ou la gendarmerie la plus proche, l’administration scolaire, la cellule sociale de leur établissement, les centres sociaux.

ALFRED KOUAME
CORRESPONDANT

Source : https://www.fratmat.info/index.php/nos-unes/mariage-force-40-des-filles-mariees-avant-l-age-de-18-ans-en-cote-d-ivoire


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Agenda du GAMS – « 25 NOVEMBRE » – Journée Internationale de Lutte contre les Violences faites aux Femmes

Dans la Fédération 

GAMS Normandie
Le 21 novembre, au Havre, la GAMS Normandie a tenu un stand lors du Forum des Associations de l’IUT, avec la projection du film « L’été de Noura », avec un débat, autour des Mariages Forcés.

RIFEN/GAMS Hauts-de-France
Le 24 novembre 2017, à 20 h 00, les associations : Mères pour la paix, Amnesty international et la RIFEN/GAMS Hauts de France organisent la projection du film « La Belle et la Meute », de Kaouther Ben Hania. L’intervenante principale sera Carole VINALS, Maître de conférence à Lille III. Cinéma Le Méliès,  11 Rue Traversière, 59650 Villeneuve-d’Ascq. Pour tout renseignement : 06.87.71.67.64.

GAMS Grand Est
Le 24 novembre, le GAMS  Grand Est interviendra sur la thématique des mutilations sexuelles féminines, lors du « Colloque européen francophone sur les violences faites aux femmes : les professionnels s’engagent au sein d’un réseau », à initiative de Gynécologie sans Frontières. Inscription gratuite, mais obligatoire à : colloquevffreims@gmail.com Plus d’information : https://gynsf.org/colloque-vff-reims-24-novembre-2017/

Ta Vie en Main/GAMS Occitanie
Le 25 novembre, en partenariat avec la Ville de Toulouse, Ta Vie en Main/GAMS Occitanie, va animer un stand lors du Carrefour-Rencontre entre toulousain.e.s et les actrices.eurs de la lutte contre les violences dans le cadre de la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, au Square Charles de Gaulle, à Toulouse, de 10h00 à 18h00. Entrée libre, sans inscription.

GAMS ARA
Le 25 novembre, le GAMS ARA va participer à une table-ronde autour des violences faites aux femmes, avec les associations locales de la Ville de Vaulx-en-Velin (69). Pour tout renseignement : 06.59.51.05.05.

En Ile-de-France

22 novembre 2017

Le GAMS National est invité par la MIPROF lors des 5èmes rencontres interprofessionnelles, pour présenter le Guide de formation à destination des professionnel.le.s pour le repérage et la prise en charge des personnes menacées ou victimes de mariages forcés, au Ministère des Solidarités et de la Santé, à Paris. Pour suivre en direct la formation en ligne http://ptolemee.com/rencontres-Miprof/inscription.html

24 novembre 2017 
Le GAMS Ile-de-France animera pour le Service Social Polyvalent du 15ème arrondissement du CASVP (Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris) une causerie débat avec les usagères autour du film « Bilakoro », de Johanna BEDEAU.  Bilakoro raconte la vie quotidienne de trois femmes face à l’excision. De Bamako à Paris, Awa, Kadidia et Inna parlent de leurs douleurs malgré la pression culturelle qu’elles subissent. Chacune, à sa manière, lutte contre l’excision. C’est aussi un Kit de formation de la MIPROF. Disponible ici http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Les-outils-de-formation-sur-les.html

25 novembre 2017 
La Mairie du 20ème arrondissement, l’association BENKADI AFEMA 20 et le GAMS Ile-de-France, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes pour comprendre et agir contre les violences faites aux femmes ici et là-bas vous invitent à : une projection-débat autour du film la Caravane des Femmes Franco-Maliennes. Accueil convivial à 9h30, autour d’un café. Présentation du film et débat jusqu’à 13h00. Entrée libre, sans inscription préalable. Au Pavillon Carré de Baudoin, 121 rue de Ménilmontant, 75020 PARIS.  Accès : Métro Gambetta (L3) – Bus lignes 96 et 26 – arrêt Pyrénées ou Ménilmontant.

28 novembre 2017
A l’invitation de l’Atelier Santé Ville du 10ème arrondissement, lors d’une après-midi « S’informer, participer, échanger et se reconstruire », le GAMS Ile-de-France tiendra un stand d’information de 14 h 00 à 18 h 00. Entrée libre, sans inscription préalable. Mairie du 10ème arrondissement, 72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 PARIS. Métro : Château d Eau. Bus : MAIRIE DU 10E : 38 ; 39 ; 47

 


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Mobilisation contre les mariages précoces et forcés, en Afrique de l’Ouest et du Centre

Au rythme de réduction actuel, l’Afrique de l’Ouest et du Centre mettra plus de 100 ans pour mettre fin au mariage des enfants. Cette région compte six des 10 pays où la prévalence du mariage des enfants est la plus élevée au monde

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A moins d’une vraie accélération des progrès enregistrés, il faudra compter plus d’un siècle pour que l’Afrique de l’Ouest et du Centre puisse mettre fin au mariage des enfants, avec des conséquences dramatiques pour des millions de jeunes filles mariées, sans compter l’impact paralysant sur la prospérité de la région.

Le nouveau rapport statistique de l’UNICEF « Achieving a future without child marriage : Focus on West and Central Africa » fait ressortir qu’en raison de la forte croissance démographique et des taux de prévalence élevés, même un doublement du déclin actuel ne suffirait pas à réduire le nombre de jeunes filles mariées chaque année.

4 femmes sur 10 mariées avant 18 ans

« Nous devons nous secouer, » selon Fatoumata Ndiaye, Directrice Générale adjointe de l’UNICEF. « Nous ne pouvons continuer à voir tant de nos filles privées de santé, d’éducation, de leur enfance même. Notre rapport montre qu’au rythme actuel, il faudra plus de 100 ans pour éliminer le mariage des enfants dans la région – comment pouvons-nous accepter cela ? »

Ces nouvelles projections, sorties à l’occasion d’une rencontre de haut niveau pour mettre fin au mariage des enfants, qui s’ouvre cette semaine à Dakar, mettent en avant cette région comme celle du monde où les filles sont le plus à risque d’être mariées pendant l’enfance.

Bien que la prévalence du mariage des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre ait diminué au cours des deux dernières décennies, les progrès sont restés inégaux. Quatre femmes sur 10 sont toujours mariées avant l’âge de 18 ans, et parmi elles, une sur trois l’a été avant l’âge de 15 ans.

L’Afrique de l’Ouest et du Centre compte six des 10 pays où la prévalence du mariage des enfants est la plus élevée au monde : le Niger, la République Centrafricaine, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et la Guinée.

Progrès dans 5 pays

Le rapport souligne également que des progrès sont possibles – y compris dans les pays à forte prévalence – lorsque qu’une bonne combinaison de stratégies est en place, par exemple : autonomiser les filles ; mobiliser les familles et les communautés pour changer les attitudes et les comportements ; offrir des services sociaux adéquats aux filles à risque d’être mariées ou déjà mariées ; et mettre en place des législations et des politiques cohérentes pour protéger et promouvoir les droits des filles.

Au cours des 25 dernières années, cinq pays de la région se sont distingués par des baisses de la pratique, allant de 40 à 60 % : la Gambie, la Guinée Bissau, le Togo, le Ghana et le Rwanda.

La scolarisation – et le maintien à l’école des filles le plus longtemps possible – est l’une des stratégies les plus probantes pour retarder l’âge du mariage des enfants, car les jeunes filles éduquées sont plus à même de développer les compétences, connaissances et la confiance dont elles ont besoin pour prendre des décisions. Plus une fille reste longtemps à l’école, moins elle a de chances de se marier avant l’âge de 18 ans et d’avoir des enfants pendant son adolescence.

L’école première priorité

« Permettre aux filles d’aller à l’école devrait être notre première priorité, » selon Ndiaye.

« Non seulement parce que l’éducation équipe les filles pour la vie, mais également parce que l’éducation des filles aide à sortir les familles, les communautés et les pays de la pauvreté. »

Les jeunes filles mariées précocement ont moins de chances de terminer leurs études et sont plus susceptibles d’être victimes de violence et d’être infectées par le VIH. Lorsque les enfants se marient, leurs chances d’une vie saine et réussie sont compromises, enclenchant bien souvent un cycle intergénérationnel de pauvreté. De plus, les jeunes filles mariées manquent souvent des qualifications nécessaires pour trouver un emploi.

Source : http://www.temoignages.re/social/droits-humains/mobilisation-contre-le-mariage-des-enfants,91004



Campagne d'affichage contre l'exclusion à Bamako par l'ONG Sini Sanuman. © DR / Advocacy Project / Sini Sanuman

LES HOMMES S’ENGAGENT : Au Mali, Siaka Traoré fait de « la lutte contre l’excision, le combat de sa vie »

Enfant, il a vu sa mère pratiquer l’excision à Koya, son village natal, dans la région de Koulikoro. Grand, il est devenu l’une des principales figures de la lutte contre cette mutilation sexuelle dans son pays. Portrait d’un homme qui a fait d’une question, considérée jusque-là comme exclusivement féminine, le combat de sa vie.

« J’étais jeune. Je me rappelle que dans un village voisin de Koulikoro, 33 filles de la même génération avaient été regroupés pour être excisés. Il y a eu deux décès. J’ai demandé des explications à ma mère qui m’a dit que ce sont des sacrifices pour les 31 autres restantes ». Quand Siaka Traoré, 50 ans,  raconte cette histoire, il ne peut s’empêcher de fermer les yeux et s’arrêter de temps en temps pour digérer « la douleur qu’il a ressentie ce jour-là ».

 

Avant de poursuivre : « Pour ma maman, l’heure, c’est-à-dire très tôt le matin, qu’elle avait instruite à l’exciseuse de ce village voisin n’avait pas été respectée. Les sorciers ont ainsi eu le temps de se mêler à la pratique, d’où le sacrifice des deux filles ».

Prise de conscience

Siaka admet aujourd’hui qu’il croyait alors à ces explications entièrement basées sur la tradition, même si « c’était choquant ». A l’époque, sa mère, exciseuse elle-même, était souvent consultée par les villages voisins sur les jours propices pour procéder à la pratique.

Siaka Traoré vit avec ce souvenir jusqu’au début des années 1990, lorsqu’il reçoit un matin dans son magasin à Hamadallaye ACI, quartier d’affaires de Bamako, la visite de Suzanne McLaucas. Directrice de Healthy Tomorrow, une ONG basée à Boston aux USA, cette américaine est connue au Mali pour ses nombreuses activités contre l’excision.

« Je la voyais dans le quartier presque tous les jours sur son vélo avec des affiches », raconte-t-il. Ce jour-là, « elle m’a parlé de l’excision, de ses conséquences, des risques que les victimes encourent », poursuit Siaka Traoré. Ce dernier dit avoir tout de suite fait le lien entre ce qu’il venait d’entendre et la scène « atroce » qu’il a vécu quelques années plus tôt près de son village. Il ne s’agissait donc pas de « sacrifices », mais bien d’une pratique qui a mal tourné. « Elles sont mortes d’hémorragie. Elles ont été vidées de leur sang, voilà la vraie explication », se rend-il compte, révolté.

Des jeunes filles venues de la Guinée et du Burkina Faso

Voilà comment celui qui est aujourd’hui l’un des principaux contestataires de la pratique de l’excision au Mali s’est retrouvé dans la lutte. « Après mes échanges avec Suzanne, j’ai récupéré des affiches que j’ai mises devant ma porte, dans la rue et un peu partout », explique celui qui est désormais à la tête de l’ONG malienne Sini Sanuman («Pour un lendemain meilleur », en français).

Créée en 2002, l’ONG de droit malien regroupe 56 associations et est présente dans pratiquement tout le pays… Depuis, il a fermé sa boutique à Hamadallaye ACI pour devenir un agent de sensibilisation à temps plein…

« Je me rappelle de la fois où j’ai été forcé d’assister, à Bamako, à l’excision de 37 filles, dont treize expatriées venues de la Guinée et du Burkina, affirme-t-il. La famille organisatrice m’a expressément convoqué, me défiant d’aller la dénoncer. J’ai encore vu des petites enfants innocentes se tordre de douleurs. J’ai beaucoup pleuré ce jour-là », raconte ce père de quatre enfants, les yeux fermés et les mains serrées, le regard vers le ciel.

« C’est quelqu’un dont l’engagement n’a pas d’égal. Il ne s’est pas engagé parce qu’il avait pas d’emploi, il est profondément contre l’excision », témoigne un membre de son association. Un engagement qui lui coûte, également. Siaka Traoré affirme avoir fait l’objet de menaces de mort téléphoniques régulièrement depuis qu’il a amorcé son combat.

Je voudrais une loi pour les parents qui ne veulent pas que leurs filles soient excisées…

Et s’il est une chose que Siaka ne digère pas, c’est que des ressortissants de pays voisins où la pratique est interdite envoient leurs filles se faire exciser au Mali. En effet, dans le pays, si la pratique est interdite aux agents de santé et aux médecins, aucune loi ne l’interdit formellement. Flou juridique que Siaka Traoré impute à un manque de volonté politique.

« Je cherche une loi pour les parents qui ne veulent pas que leurs filles soient excisées et qui ne peuvent rien faire contre. Je voudrais qu’ils aient le moyen d’envoyer ceux qui la pratiquent en prison », explique-t-il.

Faible volonté politique

Aux côtés de Suzanne McLaucas, et fort de l’ONG qu’il préside, il tente de faire adopter une loi contre l’excision. Mais le duo se heurte à des réticences au sein même des acteurs de la lutte, qui refusent d’adhérer au « Pacte contre l’excision »que propose Sini Sanuman. La pétition, qui a déjà recueilli plus de 68 000 signatures, a pour vocation de faire levier pour saisir, une nouvelle fois, les autorités.

En 2007, l’ONG avait déjà saisi le président de l’Assemblée nationale avec 30 000 signatures, puis en 2010, l’ONG était revenue à la charge avec 50 000 signatures.

Aujourd’hui, Sini Sanuman, qui fonctionne grâce aux cotisations de ses membres et, surtout, au financement des partenaires tels que la Coopération belge, l’Unicef, le ministère allemand des Affaires étrangères et d’autres ONG partenaires. Sini Sanuman compte quatre centres dans tout le pays, dans lesquels elle assure la prise en charge, la formation et la réinsertion socio-économique de jeunes filles, dont certaines sont des victimes de l’excision.

L’ONG est parvenue à faire cesser l’excision dans environ 12 villages depuis sa création. Mais Siaka Traoré réussit quelque chose d’encore plus important à ses propres yeux : faire abandonner cette pratique à sa propre mère. « Dans mon village, je ne peux pas dire avec certitude qu’il n’y a plus d’excision, mais beaucoup de gens ont compris la dangerosité de cette pratique », soupire-t-il.

Par  – à Bamako

Source : Jeune Afrique


Au Mali, l'excision concerne près de 90% des femmes de 15 à 45 ans, selon des enquêtes nationales. © ALEXANDRA ZAVIS/AP/SIPA/AP/SIPA

[Témoignages] Mali : l’excision, un business lucratif… pour les féticheurs aussi

Au Mali, il n’existe aucune loi pour interdire les mutilations génitales comme l’excision et l’infibulation, qui y sont pratiquées depuis des générations sur des fillettes sans défense. La force de la tradition n’est pas seule en cause : la pratique, qui concerne jusqu’à 91% des femmes d’entre 15 et 45 ans selon des enquêtes nationales, constitue aussi un business très lucratif… non seulement pour les exciseuses mais aussi pour les féticheurs.

« À partir de dix ans, j’ai commencé à me rendre compte que je n’étais pas comme les autres filles de mon âge. J’avais dû mal à uriner normalement, contrairement aux autres ». La voix basse, la tête légèrement baissée et bavarde des pieds, Nafissa a aujourd’hui 20 ans. Elle avait à peine 40 jours en ce mois de mai 1997 quand sa mère l’a prise dans ses bras pour l’amener chez l’exciseuse du quartier, à Bamako. Comme ses huit autres sœurs avant elle. Et surtout « comme l’exige la tradition », lui a-t-on raconté plus tard.

Toute petite à l’époque, elle n’a pas de souvenir conscient de la douleur. « Mais à la moindre égratignure, je me dis que c’est sûrement pire que cela », affirme-t-elle, le regard fuyant. De la douleur, elle en a pourtant senti en grandissant. Surtout à partir de l’âge de dix ans. « Les lèvres étaient collées et je ne pouvais pas uriner. Ou quand j’y arrivais, l’urine se partageait en deux et je me tordais de douleur », raconte Nafissa.

Il y avait une femme qui tenait mes pieds. Elle les serrait très fort au sol. Et une autre attrapait mes bras avec la même force

Elle en souffre plusieurs semaines. Sa mère pense-t-elle l’emmener à l’hôpital ? Elle décidera plutôt de se rendre chez une autre exciseuse pour lui « rouvrir les lèvres » et qu’elle « puisse avoir l’urine facile ». En clair, il faut à nouveau de la terre battue, une lame ou un couteau trempé d’abord dans l’eau puis rougi au feu pour inciser la cicatrice vieille de dix ans. Le tout, bien sûr, sans anesthésie.

« Ils choisissent un coin isolé. Pour moi, c’était dans les toilettes. On m’a couché sur le dos, au sol. Elles ont écarté mes jambes… » Quelques secondes de silence, très longues, puis elle ajoute : « Il y avait une femme qui tenait mes pieds. Elle les serrait très fort au sol. Et une autre attrapait mes bras avec la même force », explique Nafissa, aujourd’hui étudiante en première année de sciences économiques. Elle poursuit : « Je criais, pleurais et je me débattais de toutes mes forces. » Face à ses cris de détresse et avant même qu’on ne la touche, sa mère, présente, change d’avis et exige qu’on libère sa fille. « J’ai eu de la chance », affirme-t-elle du bout des lèvres.

Consommer le mariage avant que la cicatrice ne se referme

De la chance, Nafissa en a effectivement eue, selon Mariam Seck. Membre de l’association « Sini Sanuman » [Un lendemain meilleur, NDLR] qui lutte contre l’excision depuis 2002, cette diplômée en sciences de l’éducation connaît bien les mutilations génitales et les moindres recoins de Bamako où elles sont pratiquées. « J’ai déjà vu des cas pareils. Et très souvent, c’est au lendemain du mariage qu’on ramène la fille chez l’exciseuse pour la désinfubilation. On s’empresse ensuite de dire au mari de vite consommer le mariage avant que le sang coagule encore [que la cicatrice se referme, NDLR]. Vous comprenez la douleur que la jeune fille peut sentir ? »

Ça ne tue personne. Je l’ai été, j’avais mal, mais je n’en suis pas morte. Et voilà, j’ai la certitude de pouvoir maîtriser mes désirs

Comme Nafissa, plus de 60 % des filles sont excisées à l’âge de moins d’un an au Mali. Ce chiffre frôle les 90% quand on l’élargit à celles qui subissent la pratique avant leur dixième anniversaire. À Bamako, la pratique est quotidienne. Un lundi matin, à Banconi, quartier populaire à la rive gauche de Bamako, un groupe de jeunes filles et de garçons est devant une boutique, à écouter une radio. Dans le brouhaha de la circulation routière, chacun tend l’oreille pour entendre les mots de Chouala Baya Haïdara, un jeune prêcheur bamakois, sur l’excision.

« Quelqu’un a déjà vu une personne tuée par l’excision ? Personne ! », vocifère le jeune prêcheur sur les ondes, la voix énergique. « Il a raison. Ça ne tue personne. Je l’ai été, j’avais mal, mais je n’en suis pas morte. Et voilà, j’ai la certitude de pouvoir maitriser mes désirs », affirme dans l’assistance une jeune fille d’une vingtaine d’années.

Des propos qui mettent Mariam Seck hors d’elle-même : « Mais on l’expose plutôt, car bientôt elle va chercher désespérément le désir sexuel qu’elle devrait avoir avec ses organes au complet. » Maimouna Dioncounda Dembélé, spécialiste dans la prévention des violences basées sur le genre confirme : « J’ai fait une étude pour un journal suisse où on a effectivement découvert que la plupart de ces femmes ont beaucoup de mal à retrouver leur plaisir sexuel normal. » Désespérées, certaines d’entre elles vont jusqu’à consommer des produits aphrodisiaques, selon Maimouna.

« Pour les adultes, ça coûte 10. 000 FCFA »

Pour comprendre la persistance du phénomène, la force de la tradition n’est pas le seul facteur à prendre en compte. Il faut dire qu’une réelle économie de l’excisions’est développée. Dans le quartier populaire de Banconi à Bamako, Oumou Ly est bien connue. Exciseuse de son état depuis au moins cinq ans, elle n’excise que les bébés. Comme ses sœurs, cette femme d’environ la quarantaine tient la pratique de sa mère qui l’a reçue elle aussi de sa mère… Oumou ne travaille que les lundi et jeudi, deux jours où les accidents sont censés être peu fréquents, selon la croyance populaire. Elle n’a pas souhaité nous parler, mais Mariam Seck la connaît très bien pour l’avoir sensibilisée à de nombreuses reprises afin qu’elle abandonne sa « profession ».

Elle l’a notamment « retrouvée à son domicile les mains trempées de sang » à plusieurs reprises. « Elle peut exciser une quarantaine de fillettes chaque lundi et autant le jeudi d’après », affirme Mariam. Un nombre de « clients » suffisant pour qu’elle gagne entre 200 et 300 000 FCFA par semaine, soit quatre à cinq fois le smig du pays. Des informations confirmées par une ancienne exciseuse : « Vous pouvez gagner beaucoup d’argent. Pour les adultes, ça coûte 10 000 FCFA par personne. »

À 62 ans, cette femme a arrêté la pratique après qu’une de ses clientes a failli mourir d’une hémorragie. Elle n’a pas « le courage » de nous raconter ce qui s’est passé, mais elle « a eu la peur de sa vie. » Une expérience qui n’étonne pas ce membre l’association Sini Sanuman, qui a préféré garder l’anonymat : « De nombreux cas de décès nous ont été rapportés. Quand les victimes commencent à perdre du sang, en général les exciseuses préfèrent les garder plutôt que de les amener en urgence dans un centre de santé, par peur. »

Que deviennent les organes mutilés ?

« Si les arguments religieux et traditionnels sont souvent évoqués pour continuer à mutiler les jeunes filles dans le pays, l’aspect financier de cette pratique est aussi très important », estime Siaka Traoré, président de l’ONG Sini Sanuman. Pendant les séances de sensibilisation, elles sont des dizaines à déclarer abandonner l’excision. Mais une fois les regards détournés, elles reprennent la lame. « Quand je le faisais, je pouvais sentir la douleur que les filles ressentaient, mais pour moi c’était nécessaire non seulement par croyance, mais aussi pour vivre. C’est un travail », explique notre ancienne exciseuse.

Un « travail » qui ne s’arrête pas seulement à l’ablation des organes féminins. « Je ne l’ai jamais fait, mais je sais que ceux-ci sont donnés à des charlatans pour leurs travaux », poursuit-elle, précisant qu’elle se contentait « de les enterrer. » Avant d’ajouter que certains organes, notamment le clitoris, « sont séchés et mélangés à des poudres ou des pommades. »

L’utilisation des organes féminins par les charlatans est l’un des éléments majeurs qui rend difficile l’abandon de l’excision

« L’organe est commercialisé partout. Les marabouts, tout le monde s’approvisionne. On dit par exemple que si une femme et son mari sont en désaccord, il faut travailler sur ces organes là pour les réconcilier », renchérit Siaka Traoré, révolté. Il y a aussi les hommes qui recherchent du pouvoir et à qui l’on a fait croire que de mettre des lubrifiants composés de ces organes les rendra aimés et désirés par tous. »

Au sein des militants de la lutte contre l’excision, il ne fait aucun doute : l’utilisation des organes féminins par les charlatans est même « un des éléments majeurs qui rend difficile l’abandon de l’excision. Avant, on égorgeait les êtres humains pour les fétiches, aujourd’hui on récupère le sang des jeunes-filles pour les mêmes fétiches », commente Siaka Traoré, dont la mère est elle-même une ancienne exciseuse.

Un avant projet de loi sur la table du gouvernement

Au Mali, les médecins et les agents de santé n’ont pas le droit de pratiquer l’excision, mais aucune loi ne l’interdit formellement. Et en 2016, quand le ministre de la Justice s’est engagé à prendre une loi sur le sujet avant le 31 décembre 2017, il a suscité une vague d’indignation dans les milieux religieux, notamment au sein du Haut conseil islamique.

Va-t-il avoir le courage de tenir parole ? Depuis le mois de juillet, un avant-projet de loi sur les violences basées sur le genre est enfin sur la table du gouvernement. Ses défenseurs espèrent que le texte « ne va pas être excisé et amputé des points les plus importants. » Nafissa, elle aussi, est au courant de cette initiative et espère que le texte sera bientôt voté. Soignée aujourd’hui par Sini Sanuman, elle connaît les conséquences de l’excision. « Il y a notamment la stérilité et ça me fait peur, relève-t-elle. J’y pense souvent et à chaque fois ça me donne envie de pleurer. »

Par  – à Bamako

Source : Jeune Afrique