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L’artiste Mandy Smith fabrique des vulves en papier pour lutter contre les mutilations génitales féminines et montrer l’ineptie de la labioplastie. Aimez votre corps, c’est la seule solution !

Pour une ado, être insatisfaite de son corps est aussi inévitable et courant qu’une érection involontaire pour son camarade de sexe masculin. Mais s’il existe une solution assez pratique pour se libérer d’une érection indésirable, se débarrasser de ses complexes n’est pas aussi simple. C’est ce qui conduit de nombreuses filles à envisager une intervention chirurgicale.

Le nombre d’ados qui cherchent à sculpter et à élaguer leur toison d’or est si élevé que le comité directeur des soins aux adolescentes de l’Ordre américain des obstétriciens et gynécologues a publié un guide à ce sujet. Cet ouvrage aide les médecins confrontés aux filles qui viennent demander une opération chirurgicale, afin qu’ils puissent “les rassurer, leur suggérer des solutions alternatives à la chirurgie et les mettre en garde sur un trouble psychique qui rend obsédé des défauts physiques que l’on perçoit”, explique le New York Times.

Rien que sur l’année 2015, aux États-Unis, le nombre de filles demandant une labioplastie a augmenté de 80 % (passant de 222, en 2014, à 400). En 2013, un rapport britannique démontrait que le nombre de réductions labiales effectuées au sein du système de sécurité sociale britannique avait été multiplié par 5 ces dix dernières années.

Et pendant que des jeunes femmes complexées cherchent à modeler la forme de leur vulve, d’après l’ONU, près de 200 millions de femmes sont victimes des mutilations génitales féminines (MGF).

(Image: No More Cutting)

(© No More Cutting)

Mandy Smith, artiste et créatrice du Papersmith studio, établit un parallèle déconcertant entre la labioplastie et les mutilations des organes génitaux. Elle a créé le projet “No More Cutting”, dont le but est d’alerter sur les mutilations féminines et de les faire cesser, mais aussi d’aider les femmes à aimer leur corps.

L’ONU reconnaît les mutilations génitales féminines comme une violation des droits de l’homme. La pratique de l’excision a été interdite au Royaume-Uni en 1984 et pourtant, de tels actes ont toujours lieu en cachette. Entre janvier et mars 2016, plus de 1 200 nouveaux cas de mutilations génitales féminines ont été dénombrés en Angleterre.

Contrairement à ce que l’on croit souvent, les mutilations génitales féminines ne s’ancrent pas toujours dans des croyances religieuses. Ces pratiques, qui impliquent la mutilation (ou l’ablation) des lèvres et du clitoris découlent de conceptions traditionnelles de la modestie et de la pureté, ainsi que d’un désir de contrôler la sexualité féminine. Dans les cas les plus extrêmes, il s’agit de faire en sorte que l’acte sexuel soit douloureux pour la femme, afin qu’elle ne devienne pas une “dévergondée”.

(Image: No More Cutting)

(© No More Cutting)

“Les organes génitaux féminins sont un tel tabou que j’ai eu envie de montrer aux gens combien ces organes étaient uniques, et comment on devrait se réjouir de leur existence et les maintenir tels que la nature les a conçus, explique Mandy Smith à Konbini. Ce sont deux sujets que j’avais en tête depuis un bout de temps, mais ce n’est que l’année dernière que tout a convergé vers l’idée de créer une plateforme qui célèbre la forme féminine.”

Pour ce projet, Mandy Smith s’est associé à l’artiste Oksana Valentelis, à la photographe Kyla Elaine et la société de production interactive Random Studio. Mandy Smith a utilisé des photos de vulves envoyées par des anonymes et en a tiré une collection de 81 vulves de papier de toutes formes et tailles qui souligne la diversité et le caractère unique du corps féminin au naturel.

Mandy Smith a choisi le papier non seulement parce que c’est un matériau avec lequel elle travaille beaucoup, mais aussi parce qu’elle pense que c’est celui qui représente le mieux la vulve. “C’est la matière parfaite pour créer une vulve qui a l’air solide, mais c’est aussi celle qui restitue le mieux la fragilité des lèvres.” On retrouve là une manière ironique d’évoquer le sujet tabou des mutilations génitales féminines.

(Photo: No More Cutting)

(© No More Cutting)

(Photo: No More Cutting)

(© No More Cutting)

L’artiste reconnaît qu’il y a une grande différence entre les mutilations génitales féminines et la labioplastie (l’une est acceptée et l’autre non), cependant, pour elle, les deux sont tout aussi dérangeantes :

“La sexualisation des jeunes filles leur a donné l’impression que leur corps est un objet à contempler d’une certaine manière, à destination d’un certain public, plutôt que de se rendre compte qu’elles sont parfaitement normales et d’en retirer toute la confiance possible.”

En l’absence d’une éducation sexuelle accessible et adaptée, les filles se tournent vers le porno pour faire leur apprentissage. Pour promouvoir la confiance en soi, l’artiste aimerait que ses œuvres soient vues dans les écoles.

“Le projet montre la diversité du sexe féminin et cela ne fera que s’étendre au fur et à mesure. Si l’on pouvait éduquer les jeunes femmes et les jeunes hommes à ce sujet et les encourager à avoir confiance en eux et en leur corps, on pourrait peut-être faire baisser le taux de labioplasties.”

Mandy Smith souhaite organiser une exposition à Londres début 2017. “Montrer ce travail dans un espace concret permet de mettre en lumière la fragilité du support, et voir toutes ces œuvres en une fois produit un effet très puissant”,souligne-t-elle. Mais il est important que le projet soit aussi visible sur Internet pour que les vulves de papier puissent contrer les exemples standardisés de l’industrie pornographique.

Vous pouvez soutenir le projet en achetant une œuvre sur le site Web. Les bénéfices sont reversés à l’ONG Equality Now. On peut également soumettre la photo de sa vulve. Pour en savoir plus, visitez le site No More Cutting.

 

(Photo: No More Cutting)

(© No More Cutting)

Traduit de l’anglais par Dario

Source : Konbini.com