Chaque cliché est une histoire à part entière, capturée avec beauté, respect et humilité. Ensemble, elles composent cette fresque immense qui raconte la difficulté d’être une femme, aujourd’hui et dans un pays en développement. Faces of Courage exprime aussi l’urgence d’une sensibilisation générale, auprès des femmes comme des hommes, contre des pratiques archaïques et qui ont parfois une issue mortelle pour des millions de petites filles nées avec le « mauvais sexe ».

« Toutes ces filles de Pokuase, au Ghana, bénéficient d’une bourse de WomensTrust. » (Faces of Courage: Intimate Portraits of Women on the Edge, Val de Grace Books.)

Lefigaro.fr/madame. – Pour réaliser Faces of Courage, vous avez entrepris un long voyage sur trois continents. Selon vos observations, quels sont les problèmes communs à toutes ces femmes ?
Mark Tuschamn. – Aujourd’hui et dans de nombreux endroits à travers le monde, des femmes et des filles sont privées de leurs droits fondamentaux. L’une des première chose qu’on leur enlève, c’est la maîtrise de leur propre corps. Par exemple, dans de nombreux pays en développement, des femmes se voient refuser l’accès aux soins de santé. Tomber enceinte dans ces endroits, c’est souvent risquer sa vie. De plus, les violences physiques et sexuelles infligées à ces femmes sont omniprésentes et intolérables.

Au cours des dix dernières années, quels changements – positifs comme négatifs – avez-vous pu observer ?
Beaucoup de progrès ont été faits en ce qui concerne la mortalité maternelle, l’éducation des filles et l’autonomisation des femmes. Le problème, c’est que promouvoir les droits de l’homme implique souvent de faire évoluer les traditions religieuses et culturelles. Or, ces dernières sont profondément ancrées dans les sociétés et peuvent être extrêmement violentes. On a pu le voir dans cette vidéo publiée par le New York Times, qui montre la foule en train de lyncher à mort une femme à Kaboul, accusée à tort d’avoir brûlé un exemplaire du Coran (Attention, les images sont choquantes, NDLR). Après avoir passé quatorze ans sur le terrain j’ai constaté que plus les sociétés sont conservatrices plus elles condamnent sévèrement les femmes.

Au cours de votre périple, vous avez collaboré avec des ONG et des associations, quel travail font-ils sur le terrain ?
Dans les pays en développement, j’ai croisé des docteurs, des infirmières, des professeurs et des humanitaires qui œuvraient en faveur de millions de femmes en danger. Ils leur apportaient des médicaments vitaux, leur promulgaient des conseils et les encourageaient. À chaque rencontre, j’ai été impressionné par leur travail.

Votre livre est un véritable voyage, d’un pays à un autre, mais aussi d’une émotion à une autre. Comment avez-vous décidé d’organiser vos souvenirs ?
Au cours de mes voyages, je me suis rendu compte que l’image typique de la pauvreté est celle d’une mère avec son enfant. Les femmes sont en effet, de façon disproportionnée, les plus pauvres parmi les pauvres. J’ai donc décidé d’ouvrir mon livre avec une collection de portraits de femmes anonymes et de leurs enfants. Ces portraits sont très puissants car ils rappellent que chaque vie est importante. Que chaque femme a son rêve et la possibilité de changer le monde.

Une mère et sa fille, immortalisées à Luang Prabang, au Laos. (Faces of Courage: Intimate Portraits of Women on the Edge, Val de Grace Books.)

Au quotidien, les informations nous rappellent la réalité des violences faites aux femmes. Le problème, c’est que les médias se concentrent sur les plus choquantes – la tentative de meurtre contre Malala ou un viol collectif en Inde, par exemple. Mais il y a des dizaines de millions de femmes qui ne font pas les gros titres et qui sont tout de même privées de leurs droits fondamentaux. Le livre donne la parole à celles qui souffrent en silence. Si la première partie de l’ouvrage est émotionnellement éprouvante, la seconde moitié est beaucoup plus optimiste.

Pouvez-vous nous raconter dans quelles conditions vous avez rencontré Kala, la jeune fille sur la couverture ?
Je suivais le travail de l’ONG indienne Educate Girls, présente dans les zones rurales du Rajasthan, où 68% des filles mineures sont mariées et 15% d’entre elles avant leurs 10 ans. La dot fait partie intégrante de la vie de ces communautés rurales. Comme elle est beaucoup moins coûteuse lorsque les filles sont jeunes, leurs parents font le choix « rationnel » de les marier le plus tôt possible et donc, de ne pas investir dans leur éducation. Educate Girls essaie de changer ces pratiques culturelles. Je leur ai demandé si je pouvais me rendre avec eux dans les maisons de ces très jeunes filles mariées. C’est là que j’ai rencontré Kala, 14 ans et mariée depuis l’âge de 3 mois. Elle vivait encore avec ses parents mais devait rejoindre son mari dès qu’elle serait assez mature pour porter un enfant. Par moments, Kala pouvait ressembler à n’importe quelle petite fille de son âge et l’instant d’après, comme sur la couverture du livre, elle rayonnait. Pas seulement par sa beauté, mais aussi par sa connaissance profonde et résignée de son propre destin. Pour réaliser son portrait, je me suis approché d’elle, comme de tous mes autres sujets, avec patience et respect.

Découvrez les clichés extraits de “Faces of Courage” :