Que sont les mariages forcés ?

 

La notion de mariage en elle-même ne pose pas réellement de problème de définition. Selon les pays, il s’agit d’une union légalement ou socialement reconnue entre deux personnes, le plus souvent de sexes opposés. Dans le cadre français, le seul mariage reconnu et légal est le mariage civil, c’est-à-dire célébré à la mairie, avec le consentement libre et éclairé des deux futurs conjoints.

Le consentement, ou plutôt le non consentement, est la notion centrale de la problématique des mariages forcés. C’est pourquoi, aujourd’hui, le GAMS, les institutions et les autres associations dénonçant cette forme de violences faites aux femmes et aux adolescentes, considèrent comme un mariage forcé toute union, quelle soit civile, religieuse ou coutumière, organisée par la famille, et dans laquelle l’une des deux personnes (parfois les deux) ont subi des pressions et/ou des violences afin de les y contraindre.

Autrement dit, le mariage forcé concerne aussi bien les filles que les garçons, même si pour les premières les effets comme le viol leur sont spécifiques et que pour les seconds, la négociation est souvent plus aisée. De fait, si la Fédération nationale GAMS communique surtout sur les adolescentes et les jeunes femmes, c’est que ces dernières composent quasi-exclusivement son public.

Alors que la pratique du GAMS pour la prévention des MSF était essentiellement centrée autour des populations originaires de l’Afrique subsaharienne, la prévention des mariages forcés l’a ouverte à d’autres « communautés ». Aujourd’hui, dans les permanences du GAMS, nous accueillons des jeunes filles et des jeunes femmes d’origines très diverses, héritières des immigrations. Très largement de nationalité française, le plus souvent nées et éduquées en France, ces jeunes ont des parents originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie, de l’Inde, du Pakistan, du Moyen-Orient, des Comores, ou encore issus des communautés des « gens du voyage » (Roms, Gitans, Tziganes, etc.), toutes catégories sociales confondues.

Bien que nous ayons été confrontées à des situations de mariages forcés concernant des petites filles de 12 ans ou même des femmes de 33 ans, la fourchette d’âge entre laquelle se situe majoritairement les victimes que nous recevons est de 16 à 21 ans.

Beaucoup d’entre elles ont été scolarisées en France et sont encore étudiantes lorsqu’elles se trouvent confrontées à des pressions morales, psychologiques et/ou physiques de leur famille en vue d’un mariage. Certaines sont nées en France mais ont été envoyées « au pays » très jeunes, et peu scolarisées, voire déscolarisées, puis ramenées en France suite à un mariage forcé.

Alors que ces jeunes filles victimes ou menacées de mariage forcé sont d’origines très différentes, de grandes similitudes existent dans les dysfonctionnements de leurs familles. Beaucoup d’entre-elles ont grandi dans des milieux familiaux conservateurs et traditionnels où les questions matrimoniales occupent une place centrale, particulièrement pour les femmes. Très souvent aussi, il apparait que l’éducation des enfants, tout comme les projets qui sont fait pour eux, n’appartiennent pas qu’aux parents « biologiques », mais aussi à la famille élargie, voire à la « communauté ». Lors des entretiens avec ces jeunes filles ou jeunes femmes, il ressort clairement qu’elles ont été éduquées dans l’idée qu’un enfant (même devenu adulte) doit obéissance (souvent confondue avec le respect) à ses parents et à sa famille.

Parmi ces jeunes filles qui viennent à notre rencontre, qu’elles aient ou non déjà été mariées de force, beaucoup présentent un état psychologique et/ou physique très détérioré :

  • état de confusion rendant très difficile une prise de décision en vue de se protéger ;
  • perte ou absence d’estime de soi ;
  • insomnies, cauchemars, fatigue extrême ;
  • stress lié au harcèlement, sensation de « brouillage » intellectuel ;
  • anorexie, boulimie, pluri-toxicomanies ;
  • somatisation ;
  • tentatives de suicide, automutilations ;
  • agressivité, pulsions violentes ;
  • comportements à risques (rapports sexuels non protégés, trainer tard le soir pour ne pas subir le harcèlement des parents à la maison, délinquance ou grossesse précoce pour ne plus être « mariable ») ;
  • chute des résultats scolaires, absentéisme.