Voici un nouvel article rédigé par Jacky Bornet pour Francetvinfo.fr à propos du documentaire Mon nom est Clitoris, sorti en cinéma virtuel le 17/06 dernier.

“Tabou par excellence, objet de mutilations mortelles dans certaines cultures, méconnu, voire inconnu : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le clitoris… sans jamais oser le demander.

Documentaire signé Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet, deux cinéastes belges, sur un sujet ô combien féminin, Mon nom est Clitoris, fait appel aux témoignages de jeunes femmes dans la vingtaine d’années. A visage découvert, elles parlent de leurs expériences sexuelles, avec franchise et humour, autour du seul organe humain destiné à procurer du plaisir, exclusivement féminin. Sortie le 22 juin.

Obscurantisme et ignorance

Existe-t-il, où se trouve-t-il, quelle est sa morphologie (11 cm de long !), quelle est sa fonction ?… Même dans les cours d’Education sexuelle, le clitoris passe à l’as. Et si les hommes le connaissent mal, ou pas du tout, c’est aussi paradoxalement le cas de nombre de femmes, plus ou moins jeunes, comme en témoigne ce documentaire qui explore le clitoris, cet inconnu.

Cette suite d’interviews témoigne de l’ancrage culturel et éducatif, de l’obscurantisme et du refus de toute reconnaissance d’un plaisir sexuel féminin, réservé quasi-exclusivement aux hommes. Même si les lignes ont bougé depuis 1968 avec le discours féministe, le sujet reste tabou, ancré dans la culpabilité judéo-chrétienne, et le veto islamique. C’est du moins la première conclusion qui ressort de ce documentaire édifiant.

Des contours négligés

Ces jeunes femmes contemporaines ont des propos qui semblent dater du Moyen-Âge. Et peut-être même que les femmes de cette époque reculée avaient une autre conception du plaisir. Ne sont-ce pas elles qui ont imposé l’amour courtois, synonyme d’attention à leur égard, comme réponse symbolique à la sinistre ceinture de chasteté et à la brutalité des hommes ? Mais Mon nom est clitoris ne creuse pas cette voie historique, en s’attachant, avec pertinence, aux jeunes femmes d’aujourd’hui. Les confidences s’égrènent au fil de thèmes précis : la sexualité infantile, la masturbation, la découverte (ou non) du clitoris, sa nature, la première relation sexuelle, le rôle des hommes, le plaisir…

Cette enquête touche autant l’hétérosexualité que l’homosexualité, mais néglige un regard masculin qui aurait été éclairant, tout comme le sujet ô combien douloureux de l’excision. Elle révèle toutefois des différences dans les témoignages de jeunes femmes issues de familles juives, chrétiennes et musulmanes : intéressant. Elle a également le mérite d’aborder des sujets rarement traités, comme le vaginisme, et celui des femmes ne répondant pas aux canons de beauté en vigueur. D’une facture globalement télévisuelle, Mon nom est clitoris a le mérite de son originalité et de briser un tabou, mais demeure un peu répétitif sur sa courte durée (1h17), alors qu’il aurait pu s’élargir à des thèmes laissés de côté. Vaste sujet…”

L\'affiche de \"Mon nom est clitoris\" de Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet. L’affiche de “Mon nom est Clitoris” de Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet. (La Vingt-Cinquième Heure)

La fiche

Genre : Documentaire
Réalisatrice : Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet
Intervenants : Daphné Leblond, Lisa Billuart Monet et invitées
Pays : Belgique
Durée : 1h17
Sortie : 22 juin 2020
Distributeur : La 25e heure / MK2

Synopsis : Des jeunes femmes dialoguent autour du thème de la sexualité féminine. Avec une liberté, un courage et un humour communicatifs, elles partagent leur expérience et leurs histoires, dans la volonté de changer le monde autour d’elles et de faire valoir le droit des femmes à une éducation sexuelle informée, délivrée des contraintes et des tabous.