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Deux millions de filles pourraient être excisées au cours de la prochaine décennie, en plus des 4 millions déjà à risque chaque année, selon les prévisions de l’ONU. En cette journée mondiale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines, les ONG mettent en lumière cet effet invisible et dévastateur de la pandémie de COVID-19, qui oblige les écoles à fermer, favorise les mariages précoces et perturbe les programmes visant à protéger les filles.

Depuis 2012, le 6 février est la Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF). Les progrès réalisés au niveau mondial ont réduit d’un tiers le risque de MGF en trente ans. Des progrès réels, mais pas assez rapides, selon les ONG. C’est surtout la perception de la mutilation génitale féminine qui évolue dans les mentalités : dans les pays concernés, 7 femmes et jeunes filles sur 10 estiment, désormais, que cette pratique n’a plus lieu d’être. Autonomisation, emploi, santé et éducation restent les maîtres mots de la lutte contre les MGF.

Les Nations unies ont inscrit cette lutte parmi les objectifs de développement durable (ODD) et comptent mettre fin aux mutilations génitales féminines d’ici 2030. Mais c’était sans compter sur la crise sanitaire due à la pandémie de COVID 19, qui est venue bouleverser les progrès réalisés ou en cours.

La Covid-19 isole et fragilise les filles

Selon le programme du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) sur l’élimination des mutilations génitales féminines, deux millions de cas supplémentaires devront être évités dans les dix ans à venir. En cause : la pandémie de coronavirus qui a non seulement révélé le chemin qui reste encore à parcourir pour éradiquer les MGF, mais qui expose aussi davantage les filles à ce risque.

Selon l’UNICEF et Save the Children, l’augmentation du nombre d’enfants vivant dans la pauvreté pourrait avoir atteint 1,2 milliard en 2020 en raison de la crise sanitaire. Or la pauvreté conduit à des actes de compensation néfastes, y compris des mutilations génitales féminines préalables à un mariage. Selon l’UNESCO, au moins 11 millions de jeunes filles risquent de ne jamais retourner à l’école en raison de la pandémie. Cela aura un impact certain sur les générations futures, puisque les femmes moins éduquées sont plus enclines à soutenir les mutilations génitales féminines.

Les fermetures d’école et l’effondrement des économies incitent de nombreuses familles à marier leurs filles et à les exciser au préalable. “L’école est la principale barrière contre l’excision, explique Domtila Chesang, militante au Kenya, au site de presse britannique The Guardian. Les filles y sont en sécurité. Et lorsqu’elle ferme, il n’y a pas d’alternative – les filles sont à la merci de leurs parents et de leurs communautés.” Lors d’une excision de masse, Domtila Chesang raconte avoir vu une étudiante en troisième année à l’université, comme une jeune fille de 12 ans, contraintes de subir des MGF . Elle insiste sur la confusion qui s’installe dans les esprits : “Une famille a exhumé le corps de sa fille pour y pratiquer des MGF et “conjurer la pauvreté et la calamité”, témoigne-t-elle.

En Somalie, rapporte l’OGN Plan International, où 98 % des femmes sont victimes de MGF (le taux le plus élevé au monde, devant la Guinée et Djibouti), les exciseuses, victimes du ralentissement économique engendré par la pandémie, font du porte à porte pour vendre leurs services. “Les gens voient que les écoles ne rouvrent pas, alors en désespoir de cause, ils font exciser leurs filles. C’est un rite de passage annonciateur de mariage. Dès qu’une fille est pubère, elle est considérée comme prête à être mariée, explique Domtila Chesang à The Guardian. Je suis bouleversée et accablée ; nous sommes revenus à zéro dans certains domaines.”

Ramata Kapo, présidente de Excision parlons-en, insiste sur l’impact de la crise du Covid-19 sur la prise en charge des victimes de MGF : suspension des programmes de prévention sur le terrain dû au confinement, report des consultations médicales, des opérations de réparations, des demandes d’asile liées à l’excision…

Excision, MGF, MSF : de quoi parle-t-on ? 

Principalement concentrées dans une trentaine de pays d’Afrique et du Moyen-Orient, les mutilations génitales féminines persistent aussi dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine, ainsi que parmi les populations immigrées en Europe occidentale, en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

En 2016, l’UNICEF établissait un bilan du nombre de femmes et de filles ayant subi une mutilation sexuelle dans le monde et l’estimait à 200 millions, dont près de la moitié en Egypte, en Ethiopie et en Indonésie. En 2014, le précédent recensement faisait état de 140 millions de victimes de MGF.

Selon les estimations de l’association de l’Organisation mondiale de la santé, 3 millions de filles, en majorité de moins de 15 ans, risquent chaque année de subir une MGF en Afrique, où 91,5 millions de femmes et de filles de plus de 9 ans vivent déjà avec les conséquences de ces mutilations génitales.

Six petites filles sont mutilées toutes les minutes dans le monde.

Début 2020, les Nations unies indiquaient que plus de 4 millions de filles dans le monde risquaient de subir des mutilations génitales féminines dans le cours de l’année : “Les mutilations génitales féminines sont une manifestation flagrante de l’inégalité entre les sexes qui est profondément ancrée dans les structures sociales, économiques et politiques, rappelait alors le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres. C’est également une violation des droits humains et une forme extrême de violence à l’égard des filles.” De fait, si l’égalité des sexes était une réalité, les mutilations génitales féminines n’existeraient pas…

A l’occasion de cette Journée mondiale de lutte contre l’excision, ce 6 février 2021, Antonio Guterres tirait la sonnette d’alarme : “Si aucune action urgente n’est lancée d’ici 2030, 68 millions de filles risquent de subir une mutilation génitale” :

En Europe aussi, on excise les filles

L’OMS estime que 180 000 filles vivant dans l’Union européenne risquent chaque année d’être excisées. Dans sa résolution de 2009, le Parlement européen estimait que 500 000 filles et femmes excisées vivaient dans l’UE. En 2004, la France évaluait à 53 000 environ le nombre de femmes adultes excisées résidant sur son territoire, indique l’association Excision parlons-en, qui estime que le chiffre a plus que doublé aujourd’hui.

En 2020, l’Unicef estimait qu’environ une victime de MGF sur quatre avait été excisée par un prestataire de services de santé, soit 52 millions dans le monde entier. Cette proportion est deux fois plus élevée chez les adolescentes que chez les femmes plus âgées : 34% des victimes âgées de 15 à 19 ans ont subi des mutilations médicalisées, contre 16% des victimes âgées de 45 à 49 ans. Selon Vision du monde, des cliniques en Russie et en Égypte excisent des fillettes à la demande de familles confrontées à la pression sociale. Une tendance alarmante à la médicalisation des mutilations génitales féminines, alerte la directrice générale de la Fédération nationale GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles), Isabelle Gillette-Faye, interrogée par nos confrères du Figaro : “Le risque de cette médicalisation est de banaliser l’acte. L’excision ne présente aucun avantage pour la santé, bien au contraire,” explique-t-elle.

#StopExcision : journée mondiale de la tolérance zéro

Ce 6 février 2021, différents événements marqueront cette Journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines, annoncés sur les réseaux sociaux sous les mots-dièse #EndFGM et #StopExcision.

De 14 heures à 17 heures, par exemple, l’association bordelaise Les Orchidées rouges, qui lutte pour l’éradication de tous types de mutilations sexuelles féminines et de violences faites aux femmes et aux filles, organise un séminaire gratuit en ligne pour faire un état des lieux de l’excision dans le monde (cas de la France, l’Angleterre, l’Italie, le Libéria, Le Soudan, la Côte d’Ivoire et les Etats-Unis) et évoquer les pistes pour éradiquer ce fléau mondial d’ici 2030