La fistule obstétricale, maladie des adolescentes mariées précocement et/ou excisées

Beaucoup de femmes en Afrique sub-saharienne continuent de souffrir de fistules obstétricales. Cette lésion est causée par une mauvaise prise en charge médicale, mais elle est surtout la conséquence de leur précarité sociale. Notamment du fait que les filles se voient imposer des mariages précoces.

La fistule obstétricale, lésion qui survient pendant l’accouchement, a disparu dans les pays développés. Selon les Nations Unies, un à deux millions de femmes vivraient avec une fistule dans le monde en développement, notamment en Afrique et en Asie. Un chiffre en deçà de la réalité car elle est source d’exclusion.

La fistule est une déchirure entre le vagin et la vessie, ou entre le vagin et le rectum, ou encore les deux. La perforation est due à un travail difficile pendant l’accouchement et à une absence ou à une mauvaise prise en charge médicale.
Dans les pays en voie de développement, environ 58% des femmes accouchent avec l’aide d’un professionnel de la santé, médecin ou sage-femme, et seulement 40% dans un hôpital ou un centre médical.
Outre la douleur de perdre son bébé, ce qui arrive souvent, cette lésion provoque chez la mère une incontinence urinaire, parfois fécale. La femme est par conséquent toujours souillée. Et elle finit par être rejetée par son compagnon et mise au ban de sa communauté.

Franceinfo/Géopolis – Première diffusion : 16 juin 2018

Mettre fin aux grossesses et aux mariages précoces
Les fistules obstétricales surviennent principalement chez les jeunes filles dont le corps n’est pas assez mature pour enfanter. Repousser l’âge des premières grossesses est la première arme contre la fistule.

Eradiquer la fistule d’ici une génération, comme l’espèrent les Nations Unies, passe ainsi par la lutte contre les mariages précoces: 65% des femmes qui ont une fistule en sont victimes. Les fistules et les mariages précoces sont un double fléau en Afrique subsaharienne, la région du monde où l’on marie le plus les enfants.
Le combat contre la fistule passe également par la fin des pratiques traditionnelles rétrogrades comme les mutilations génitales.
La fistule se guérit mais a un coût prohibitif pour les victimes. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), le coût moyen du traitement est estimé à près de 350 euros. Par conséquent, ce sont souvent des ONG ou des associations caritatives qui prennent en charge ces opérations. A l’instar de l’ONG nigérienne, Dimol. Grâce la chirurgie, la grande majorité des femmes retrouvent une vie normale, même des décennies après le drame.
Depuis 2003, le Fonds des Nations unies pour la population a lancé la campagne #EndFistula («en finir avec la fistule») dans une cinquantaine de pays, principalement en Afrique sub-saharienne, afin de lutter contre un mal qui est considéré comme une atteinte aux droits humains.
Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 14/06/2018 à 16H40

Contre l’excision, ce pasteur kenyan défend la «divinité du clitoris»

Timothy Njoya était au tribunal à Nairobi pour demander qu’on «laisse le clitoris là où Dieu l’a placé».

Un outil utilisé pour l'excision en Ouganda en janvier 2018. | YASUYOSHI CHIBA / AFP
Un outil utilisé pour l’excision en Ouganda en janvier 2018. | YASUYOSHI CHIBA / AFP

La mutilation génitale féminine est interdite au Kenya depuis 2011, mais la docteure Tatu Kamau, une ancienne membre du gouvernement, a déposé une plainte en janvier 2018 pour demander la légalisation de l’excision (qui continue d’être pratiquée mais est passible de poursuites). Selon Kamau, chaque communauté doit pouvoir pratiquer sa «culture sans l’imposition impérialiste venant d’une autre culture qui a d’autres croyances et normes».

Au tribunal, elle a dû faire face à Timothy Njoya, un pasteur de 76 ans qui milite contre l’excision et a récemment publié un livre intitulé La divinité du clitoris dans lequel il célèbre le fait que sa mère ait réussi à échapper à l’excision en 1925.

Entourée de femmes victimes de mutilations génitales, il a déclaré face aux caméras: «Laissez le clitoris où dieu l’a placé».

Timothy Njoya@timothynjoya

Dans les années 1980 et 1990, Njoya était un opposant du gouvernement autoritaire kenyan, et en 1999, il a fondé l’organisation Men for Equality with Women, qui encourage les hommes à respecter les droits des femmes. Il semble vivre ces préceptes d’égalité au quotidien.

En effet, dans une série de tweets en 2017, le pasteur, qui est à la retraite et se décrit comme «homme au foyer», avait parlé de ses contributions aux tâches domestiques, un sujet controversé pour la plupart des hommes kenyans.

Il avait même tweeté une photo du linge qu’il avait lavé et étendu:

Timothy Njoya@timothynjoya

9am. I’v just done my laudry since breakfast.I tithe all the money I save by shaving myself and washing my clothes.

Selon le Nairobi News, Njoya voulait montrer que laver le linge et nettoyer ne sont pas des activités qui ôtent leur masculinité aux hommes.

Source : Repéré par Claire Levenson —  — mis à jour le 13 juin 2018 à 10h18

http://www.slate.fr/story/163091/contre-excision-pasteur-kenyan-divinite-clitoris


Journée de sensibilisation aux violences intrafamiliales sur le thème « Parcours familles migrantes » 21 juin

Vous êtes convié(e) à la 9ème journée de sensibilisation aux violences intrafamiliales sur le thème « Parcours familles migrantes » organisée par l’USAP, Mme Le Griguer et le Dr Broisin-Doutaz le jeudi 21 juin 2018 de 9h00 à 17h00 à l’IFSI du CHI Robert  Ballanger, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

La participation est libre. Merci de vous inscrire par mail à l’adresse suivante : fatima.le-griguer@ch-aulnay.fr ou par téléphone au 7238.


“LA MAUVAISE RÉPUTATION”, LES MARIAGES FORCÉS À L’ÉPREUVE D’UN FILM CHOC – Recommandé par le #GAMS

CINÉMA

“LA MAUVAISE RÉPUTATION”, LES MARIAGES FORCÉS À L’ÉPREUVE D’UN FILM CHOC

Avec La Mauvaise réputation, Iram Haq signe un film engagé et émouvant sur les kidnappings de jeunes femmes et les mariages forcés. Fiction inspirée de la propre histoire de la réalisatrice norvégienne, le film alerte sur les problèmes d’intégration et de sexisme.
© ARP sélection

© ARP sélection

À 14 ans, alors que je grandissais en Norvège, mes parents m’ont kidnappée et emmenée au Pakistan contre ma volonté. J’y ai passé un an et demi avant de pouvoir revenir en Europe.” Dans La Mauvaise réputation, dont la sortie en France est prévue le 6 juin, la réalisatrice norvégienne Iram Haq s’attaque au douloureux sujet des kidnappings de jeunes femmes et des mariages forcés. Fiction inspirée de sa propre vie, le film conte l’histoire de Nisha, une adolescente pakistanaise qui grandit en Suède, incarnée par Maria Mozhdah, 18 ans, qui crève l’écran pour son premier rôle au cinéma.

Partagée entre ses amis, un mode de vie norvégien qu’elle affectionne et les traditions pakistanaises que lui imposent sa famille, Nisha navigue entre deux mondes. Mais lorsque son père la surprend en compagnie d’un garçon, rien ne va plus. Nisha est kidnappée et envoyée au Pakistan, chez une tante qu’elle connaît à peine, pour laver l’honneur de sa famille et rentrer dans le droit chemin.

Dans ce film bouleversant, Iram Haq alerte avec justesse sur le sort de ces milliers de jeunes femmes qui, chaque année, sont forcées à embrasser une vie qu’elles n’ont pas choisie. Un poing levé qui permet à la réalisatrice d’exorciser des douleurs intimes et de sceller une réconciliation avec son père survenue 26 ans après son retour du Pakistan. “Mon père m’a encouragée à faire ce film, se souvient-elle. Alors que j’écrivais La Mauvaise réputation, il m’a recontactée pour s’excuser et me dire qu’il soutenait ma démarche. Il était gravement malade et il est décédé avant la fin du tournage, mais j’ai pu lui pardonner avant sa mort et je sais qu’il aurait été fier du film et du message qu’il transmet.

Pourquoi as-tu souhaité raconter ton histoire dans ce film?

J’avais besoin de dire ce qu’il m’était arrivé, ce qu’il arrive à des milliers de jeunes filles dans le monde, chaque année. En phase d’écriture, ce sont mes souvenirs que j’ai essayé de coucher sur le papier, je me suis replongée dans cette période difficile de ma vie, quand, à 14 ans, j’ai été kidnappée par ma famille et envoyée au Pakistan. Mais, au fur et à mesure, j’ai compris que si je voulais raconter cet événement avec justesse, je devais m’en détacher. C’est donc l’histoire de Nisha que j’ai décidé de raconter. Nisha, c’est moi et toutes les autres.

C’est ton troisième film. Pourquoi avoir attendu?

Je voulais être sûre d’avoir le recul pour raconter cette histoire sans caricaturer les personnages ou ce qu’ils traversent. Je ne voulais pas transmettre une vision unilatérale de la situation, je tenais à ce que l’on appréhende les motivations, les émotions, les craintes de chacun·e. Il était très important qu’on saisisse ce que traverse Nisha, mais aussi ce que ses parents éprouvent. C’était la seule manière pour moi de cerner le problème dans sa globalité et toute sa complexité.

Ce qui est très marquant dans La Mauvaise réputation, c’est le poids du groupe, de la communauté. Tu penses que le problème vient de là, de cette peur du qu’en-dira-t-on?

En grande partie, oui. C’est à cela que fait référence le titre, à ce que pensent les autres (Ndlr: le titre original signifie Que vont dire les gens). L’honneur est au centre de tout. C’est une échelle de valeur pour hiérarchiser les gens et les familles. Perdre son honneur, c’est se marginaliser, devenir un paria au sein de son propre groupe. C’est cela que craint la famille de Nisha. C’est cette peur du jugement des autres qui crée ce climat oppressant, particulièrement pour les jeunes femmes.

Il faut absolument ouvrir un débat sur la question des mariages forcés, des kidnappings de jeunes femmes, et plus globalement de l’intégration des personnes ayant une double-culture.

Pourquoi les femmes semblent-elles les seules à supporter ce poids?

Les hommes doivent rester dignes et fidèles aux traditions, mais ça s’arrête là. Les femmes en revanche, doivent “se tenir” et savoir où est leur place. Si elles sortent du rang, elles déshonorent leur famille. Les filles veulent rendre leurs parents fiers et doivent donc souvent renoncer à des envies, des désirs, des rêves qui ne collent pas avec l’image fabriquée d’une “fille respectable”. Ceci dit, ce sont des injonctions que l’on retrouve partout à travers le monde avec la culture du viol ou le slut-shaming.

Dans le film, tu décris l’impossibilité de concilier la culture pakistanaise et le mode de vie norvégien…

C’est ce que j’ai vécu enfant, cette sensation de devoir trancher entre deux cultures. Mais c’est impossible, alors on essaye de se conformer à chaque mode de vie pour plaire à tout le monde. Et l’on se perd. C’est ce qui arrive lorsque deux mondes s’entrechoquent et qu’aucun dialogue n’est engagé. Les enfants se retrouvent coincés entre leurs ambitions et les traditions. Ils se perdent à essayer de s’intégrer dans deux univers totalement différents. Les parents sont, eux, souvent désemparés et peinent à entamer une discussion pour trouver des solutions.

Que faire pour lutter contre ce phénomène?

Il faut absolument ouvrir un débat sur la question des mariages forcés, des kidnappings de jeunes femmes, et plus globalement de l’intégration des personnes ayant une double-culture. Il faut mettre le sujet sur la table et en parler sans pincettes ni tabous, sans craindre d’aborder des questions de race, de religion ou d’immigration. L’objectif n’est pas de dresser des communautés les unes contre les autres ou de stigmatiser qui que ce soit, l’objectif est de trouver des solutions pour protéger les jeunes filles et mieux comprendre les familles.

Penses-tu que la récente médiatisation des combats féministes peut aider à changer les choses?

J’aimerais beaucoup, mais je ne pense pas. Je pense que tant que nous n’aurons pas une vraie discussion de fond sur la condition féminine et les exigences liées au genre, rien ne changera. Et ce débat doit s’ouvrir maintenant et durer le temps qu’il faut, pas seulement quelques semaines.

Propos recueillis par Audrey Renault

Source : http://cheekmagazine.fr/culture/film-la-mauvaise-reputation-mariages-forces/


Naky Sy Savané : la lumière du cinéma pour soutenir les femmes #Directrice #GAMSSud

La comédienne ivoirienne Naky Sy Savané est à l’affiche du film «Frontières». Révélée par «Bal Poussière» à la fin des années 80, elle est devenue une actrice dont le parcours raconte aussi celui du cinéma produit en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. Portrait de celle qui a trouvé dans la comédie le moyen de s’épanouir et de contribuer à l’épanouissement de ses congénères.

Naky Sy Savané. Depuis Bal Poussière du cinéaste ivoirien Henri Duparc, son premier grand film, elle est devenue un visage familier pour tous les cinéphiles africains (ou non d’ailleurs). De la co-épouse ingénieuse à la commerçante émérite qu’elle incarne dans Frontières d’Apolline Traoré, dans les salles françaises depuis le 23 mai 2018, elle a donné corps à la femme dans tous ses états. Au passage, elle s’est érigée en ambassadrice du patrimoine vestimentaire de l’Afrique de l’Ouest.

Quand on lui parle de la longévité d’une carrière ponctuée de nombreuses distinctions, un sourire se dessine sur ses lèvres bleues. «Ce n’est pas évident de commencer tôt et de s’inscrire dans la durée», constate Naky Sy Savané. Pourtant, dans son cas, elle peut dire que le défi a été amplement relevé.

En août 2017, lors de la dernière édition du Festival du film francophone d’Angoulême qui mettait en lumière le cinéma ivoirien, on aurait cru que c’était plutôt à elle que l’hommage était destiné. La comédienne ivoirienne figurait au casting de deux longs métrages (sur une dizaine) de la rétrospective. Sans compter qu’elle était également à l’affiche de Frontières, alors en compétition à Angoulême.

Photo film Frontières - Adjara Emma
Adjara (Amélie Mbaye) et Emma (Naky Sy Savané) dans une scène du film «Frontières» © DR

L’actrice, qui a choisi d’être sous les feux des projecteurs très tôt, s’est pourtant lancée dans la comédie sous le sceau du secret. Si elle a gardé le patronyme familial, l’artiste a néanmoins dû se trouver un pré(nom) de scène: Naky qui n’est autre que le diminutif du nom de sa mère. «Je suis la petite fille d’un imam. Il était hors de question de faire du cinéma. Néanmoins, j’ai toujours été sensible au dynamisme des femmes qui sont les piliers de nos familles. Je cherchais un métier qui ferait écho à cela et qui me permettrait aussi de défendre la cause des enfants». Elle pense (bizarrement) à la mécanique, puis à la médecine mais c’est la comédie qui va la choisir.

«J’ai eu l’impression de me dédoubler»

«Je passais mes vacances au village, à Odienné (nord de la Côte d’Ivoire). Après les travaux champêtres, la troupe théâtrale de mes grand-frères animait nos soirées. J’assistais a leurs répétitions mais je n’avais pas le droit de monter sur scène. Le jour de la représentation, la comédienne principale a fait une crise de paludisme. Je me suis proposée de la remplacer au pied levé mais mon offre a été rejetée. Mais face aux réclamations du public qui voulait voir un personnage féminin sur scène, et non pas des hommes déguisés en femmes, ils ont fini par faire appel à mes services (sourire)».

Quand elle monte sur scène Naky Sy Savané a comme une révélation. «J’ai eu l’impression de me dédoubler. Du haut de mes onze ans, j’ai compris que ma place était sur scène.» Quand elle revient à Abidjan, elle veut retrouver cette sensation nouvelle. Bientôt, tout en allant à l’école, elle se lance dans la comédie. «J’avais une double vie». 

Très vite, l’adolescente se fait un nom dans le milieu du théâtre et est repérée par le metteur en scène Saïdou Bokoum qui va lui écrire des rôles sur mesure. Elle devient très vite la tête d’affiche de sa troupe. Se cacher de ses parents n’est plus vraiment possible d’autant que des spots de leur nouvelle pièce sont diffusés à la télévision. Et on l’y voit. Ses parents notent la ressemblance avec leur fille. Ils lui posent d’ailleurs la question et Naky Sy Savané de répondre: «Tout le monde me dit qu’elle me ressemble! (rires

«Quand on met un serpent au monde, on en fait une ceinture» 
La supercherie ne durera pas longtemps. «Quand ils ont su, ça a été dur », se souvient la comédienne. «Une fois, je suis allée au marché avec mère et elle faisait l’objet de railleries. Ce à quoi elle a répondu: « Quand on met un serpent au monde, on en fait une ceinture » . Ces mots m’ont toujours habitée. Il fallait que je prouve à cette femme qu’elle avait eu raison de supporter toutes ces railleries.»

L’artiste suit sa vocation et le cinéma va bientôt lui tendre les bras. Sa rencontre avec le réalisateur ivoirien  Henri Duparc va lancer sa carrière cinématographique. Il confie une belle partition à la jeune femme dans le film Bal Poussière, devenu un classique du cinéma ivoirien. «Saïdou Bokoum et lui se côtoyaient et chacun suivait le travail de l’autre. Henri Duparc m’a découverte au théâtre».

Naky Sy Savané à droite Bamba Bakary à Angoulême août 2017
Les comédiens Naky Sy Savané (à droite) et Bamba Bakary lors du Festival d’Angoulême en août 2017 qui proposait une rétrospective du cinéma ivoirien, à travers trois films dont «Bal Poussière» réalisé par Henri Duparc.  © AFP

Après Henri Duparc, avec qui elle collaborera deux fois, elle travaillera avec les grands noms du cinéma ivoirien comme Roger Gnoan M’Bala (Au nom du Christ, Grand prix du Fespaco en 1992), et ceux de la sous-région, à l’instar du Burkinabé Idrissa Ouedraogo ou encore du Sénégalais Sembene Ousmane (Mooladé, prix Un Certain Regard en 2004). «Pour moi, le cinéma africain a toujours été une famille», affirme t-elle pour expliquer une filmographie transfrontalière inédite.

Une famille qui prospère avec l’émergence d’une nouvelle génération avec qui elle collabore déjà. A l’instar de la réalisatrice Burkinabé Apolline Traoré (Frontières). «C’est un talent à suivre parce qu’il fallait du courage pour porter un projet aussi difficile». L’admiration de Naky Sy Savané s’étend à tous les jeunes réalisateurs car elle estime qu’ «il n’y a aujourd’hui plus d’argent pour le cinéma», comparée à l’époque de ses débuts.

«J’ai foi en la relève. Cette nouvelle génération ne s’arrête pas à la question financière. Ils ont la rage au ventre et des choses à dire.» Ce besoin de faire des images, elle le comprend et il est à l’origine du Festival International du film des lacs et lagunes (Festilag) qu’elle a créé. Il se tient entre Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, et Grand-Bassam (sud du pays) et connaîtra sa septième édition en novembre 2018. La manifestation est devenue une façon de soutenir les plus jeunes mais l’évènement culturel est né de la volonté de contribuer à la production «de nos propres images». «Il faut qu’on arrive également à industrialiser notre cinéma. C’est à nous de créer les conditions qu’il faut pour développer notre septième art».

«Je rêve, poursuit Naky Sy Savané, que notre cinéma (ivoirien et africain en général) soit vu et se vende comme tous les autres. Dans mon pays, où il y a eu la guerre, le septième art a été un vecteur de réconciliation. Dans le cadre du Festilag, nous avons projeté des films et cela a été de vrais moments de partage. Des gens, qui s’étaient entre-déchirés pendant le conflit ivoirien, ont salué cette nouvelle initiative. La Côte d’Ivoire a toujours été un pays très cinéphile. Je suis une femme, j’ai des enfants : je ne veux pas qu’ils vivent ce que nous avons vécu. Pour éviter cela, l’art est mon outil.»

A Marseille, où elle s’est installée depuis une quinzaine d’années à cause des évènements politiques qui ont endeuillé son pays, la bataille de Naky Sy Savané est également artistique. La cité phocéenne abrite une structure théâtrale dont elle est à l’origine. «Je me suis très vite rendue compte que les acteurs comme moi ne travaillaient pas ici. Alors j’ai décidé de me donner du travail en créant l’Afriki Djigui Theatri. C’est un refuge pour toutes les minorités afin qu’elles créent et montrent leurs œuvres. Mais le théâtre reste ouvert à tous.» Et, souligne-t-elle«c’est important pour un comédien de faire du théâtre car on est obligé d’être toujours dans le vrai».

Naky Sy Savané lors d'une manifestation dédiée aux femmes

Naky Sy Savané lors d’une manifestation dédiée aux femmes.  © DR

«J’ai commencé à faire du social et c’est ainsi qu’est arrivé le combat féministe»
A la ville, Naky Sy Savané essaie toujours d’être dans le vrai. Car dans sa vie, il y a le cinéma mais aussi la cause des femmes. Fidèle à son idée de départ, ses premiers cachets sont allés à des œuvres sociales par le biais de sa mère. «J’ai commencé à faire du social et c’est ainsi qu’est arrivé le combat féministe. Je me suis engagée en Afrique, aujourd’hui en France. J’ai intégré le mouvement féministe européen et je me suis consacrée à la lutte contre les violences liées aux traditions, comme l’excision (elle a créé l’association Union des femmes du monde – Gams Sud). Ce qui m’a permis de faire bouger les choses au niveau de Marseille. Aujourd‘hui, il y a des permanences dans les hôpitaux marseillais. Les femmes sont prises en charge et nous travaillons de concert avec des spécialistes. Ce sont des combats que nous devons porter.»

Pour Naky Sy Savané, qui a tenu la promesse de ses débuts, son militantisme lui «permet de (se) remettre en cause, notamment quand on fait du cinéma, car c’est un autre monde». L’artiste ne reste jamais dans sa bulle, surtout si des femmes et des jeunes sont à proximité. La lumière du cinéma lui sert, comme elle a toujours souhaité, à éclairer ce qui est vraiment important.

Source http://geopolis.francetvinfo.fr/naky-sy-savane-la-lumiere-du-cinema-pour-soutenir-les-femmes-191905


#Grande-Bretagne: Des milliers de mariages forcés au cœur d’une enquête du Guardian

 Rédaction du HuffPost Maroc

BARCROFT MEDIA VIA GETTY IMAGES
Des militants bâillonnés, pour signifier le silence forcé des victimes de travail forcé ou d’exploitation sexuelle, protestant contre les formes d’esclavage moderne, lors d’une manifestation tenue en octobre dernier à Londres.

MARIAGE – Une adolescente confinée à la maison et violée quotidiennement; une Marocaine dont le mariage servait de couverture à son mari britannique homosexuel; un homme forcé de verser ses revenus à sa belle-famille. Ces personnes font partie des quelques centaines de personnes ayant, ces derniers mois, appelé des structures à l’aide pour ne plus porter les chaînes trop lourdes d’un mariage forcé.

Selon une enquête du Guardian, ce sont près de 3500 mariages forcés qui ont été rapportés à la police en trois ans, de 2014 à 2016. Ce chiffre ne serait en réalité que la partie visible de l’iceberg, poursuit la même source, qui évoquent des milliers d’autres cas de personnes vivant une situation d’esclavage moderne, un peu partout en Grande-Bretagne, selon de nombreuses associations. L’une d’entre elles évoque ainsi au moins 22.030 appels “issus d’individus ou de personnes morales”, en trois ans, signalant un mariage forcé.

Domesticité imposée

Le journal revient sur plusieurs exemples de jeunes femmes mariées de force par leurs familles, qui se retrouvent dans des situations où violences physiques, sexuelles ou domesticité sont leur lot quotidien. The Guardian cite notamment l’exemple d’une jeune marocaine, dont le mariage servait de couverture à son mari britannique homosexuel. Cette dernière affirme que son mari l’utilisait comme “femme de ménage”, indique Selma Bayou, membre de l’organisation des droits des femmes Kurdes et Iraniennes (IKWRO), au journal.

En 2016, sa famille la force à épouser une connaissance de son frère. Lorsqu’elle arrive en Grande-Bretagne à 25 ans, elle découvre que son mariage a été arrangé pour camoufler l’identité homosexuelle de son mari. Ce dernier gère une entreprise et lui fait nettoyer les bureaux le soir, alors qu’elle a déjà passé la journée à cuisiner et à faire le ménage pour la famille de son époux.

“Ils me traitaient comme une bonne. Je devais manger seule et je n’étais autorisée à quitter la maison que pour porter leurs courses”, rapporte le journal. C’est une compatriote et cliente de son mari qui, lui demandant si elle va bien, contactera IKWRO lorsque la jeune épouse formulera en arabe les mots “aide-moi”.

Pour Selma Bayou, membre de l’organisation IKWRO, la situation de la jeune marocaine est loin d’être un cas isolé. “Nos conseillers sont souvent confrontés à cela, cela arrive aux femmes venues d’Afrique du nord, du Moyen-Orient et d’Asie du sud-est. Elles viennent avec un visa d’épouse et sont ensuite utilisées comme domestiques”, confie la militante au Guardian.

AMIT DAVE / REUTERS

Esclavage moderne

Le quotidien anglais rapporte également l’histoire d’une adolescente de 16 ans, d’origine somalienne. Cette dernière, qui avait subi des mutilations génitales dans son enfance, rencontre son mari la veille du mariage. S’en suit une nuit de noce particulièrement brutale. Elle sera ensuite forcée par son époux à recourir à une seconde mutilation génitale. Après avoir d’abord contacté une association, cette dernière finira par ne plus donner de signe de vie.

Les associations et victimes militent pour que le mariage forcé soit considéré par la justice britannique comme une forme “d’esclavage moderne”. En effet selon l’activiste Parosha Chandran, citée par le journal: “la définition moderne de l’esclavage ne requiert pas qu’une personne soit la propriété d’une autre, mais qu’elle soit traitée comme telle. Il est crucial que les autorités en prennent conscience dans le cas des mariages forcés”.

Source : https://www.huffpostmaghreb.com/entry/grande-bretagne-des-milliers-de-mariages-forces-au-coeur-dune-enquete-du-guardian_mg_5b0c0fc6e4b0568a880d7c17


Côte d’Ivoire: Une fille de 12 ans échappe à un mariage forcé #auteur et #complice condamnés

MISE À JOUR  27 MAY, 2018

Un père de famille a été condamné à payer une amende de 500.000 FCFA par le tribunal de man. Ce dernier tentait de faire épousersa fille de 12 ans par un jeune homme de 31 ans en raison pour 272 000 FCFA.
Dans un village du département de Man, Biakalé, Ouattara Alima avait été promise en mariage à Sory Gaoussou, un riche planteur dès qu’elle aurait atteint l’âge de 12 ans.
En effet, Sory Gaoussou avait informé le père de la jeune fille de ses intentions envers Ouattara Alima. Celui-ci alors exige a Sory Gaoussou la somme de 272 000 FCFA et la construction d’un appartement de 3 pièces avant de donner sa fille en mariage. Le jeune riche va donc accomplir sa part du contrat et attendre la date fixée pour le mariage.
Informée de ce qui se passait, la jeune fille court se réfugier chez son frère ainé, Ouattara Drissa qui porte plainte contre le riche prétendant, qui comparaît dans le même temps que le père.
Le père de la fille a été condamné le 22 mai dernier à payer une amende de 500 000 FCFA. Quant au jeune riche, il a écopé de 12 mois d’emprisonnement et une amende de 50 000 FCFA.
Elle n’avait que 12 ans ! L’Afrique et ses pratiques…
Paula K. avec Komana,correspondant / Akody.com
Source : https://www.akody.com/cote-divoire/news/cote-d-ivoire-une-fille-de-12-ans-echappe-a-un-mariage-force-promise-a-un-homme-pour-272-000-fcfa-316832


MUSIQUE – FATOUMATA DIAWARA, LA VOIX DE CELLES ET CEUX QUI N’EN ONT PAS

Sept ans après Fatou, l’actrice et chanteuse malienne Fatoumata Diawara sortira Fenfo, son deuxième album, le 25 mai. De sa naissance en Côte d’Ivoire à ce nouvel Lp qu’elle a coréalisé avec Matthieu Chedid, celle que l’on aussi bien vu à l’affiche de Timbuktu qu’aux côtés de Damon Albarn revient sur son incroyable parcours artistique et son engagement de chaque instant.
© Aida Muluneh

© Aida Muluneh

Si ça ne te dérange pas je vais remettre mes lunettes, car mes yeux parlent trop.Fatoumata Diawara est assise face à nous, ses jambes démesurées étendues sur le canapé en velours de sa maison de disques. On se sent ici chez elle, chez nous, en toute intimité dans cette salle aux volumes pourtant généreux. Les lunettes de soleil protègent peut-être les yeux de bavardages intempestifs, mais la bouche en dit déjà long. Fatoumata Diawara n’est pas avare de mots lorsqu’il s’agit d’évoquer son nouvel album, Fenfo, ou sa vie, une folle aventure débutée un jour de 1982 en Côte d’Ivoire. Elle y a été élevée jusqu’à ses 10 ans, avant d’être “donnée” à sa tante au Mali. Cette adoption à laquelle elle n’a “rien compris” est intervenue à la suite d’un traumatisme, qui a changé l’enfant qu’elle était à tout jamais: après avoir perdu un grand frère, Fatoumata Diawara avait 8 ans quand sa sœur aînée, son “repère”, est décédée à son tour, soudainement. “Un jour elle a eu mal au ventre et le lendemain, elle est morte. Je n’ai jamais su de quoi”, se souvient l’artiste.

Deux “papas”, pas de “maman”

Cette grande sœur adorée, si elle avait vécu, aurait peut-être été le modèle féminin qui a tant manqué à Fatoumata Diawara dans son enfance et son adolescence. Demander à la musicienne quelles femmes ont compté dans sa construction est un peu, pour elle, source d’embarras. Car son engagement pour les femmes est aussi réel que leur présence bienveillante à ses côtés a été inexistante. Hésitante, elle livre son histoire personnelle en espérant qu’elle ne jettera pas d’ombre sur son travail de militante, elle qui chante jusque dans les villages maliens reculés les fléaux de l’excision et des mariages forcés. “J’ai été battue par ma tante pendant plusieurs années de ma vie. Des coups très forts, je suis une survivante”, affirme-t-elle.

Chez moi, partir, ça ne se fait pas, c’est comme tourner le dos à sa famille. Je n’ai jamais vu quelqu’un faire ça.

Son salut, Fatoumata Diawara le doit d’abord aux hommes. Plusieurs d’entre eux sont même devenus des “papas”, des familles de substitution monoparentales à eux tout seuls. Le premier, Jean-Luc Courcoult, est le fondateur de la compagnie de théâtre de rue nantaise Royal de Luxe. Il a repéré Fatoumata Diawara lors d’une audition au Mali et a tout de suite jeté son dévolu sur la jeune comédienne. Âgée de 18 ans à l’époque, Fatoumata Diawara était alors promise à son cousin, avec lequel elle devait se marier de façon imminente. Enfant star du cinéma malien, danseuse dans la troupe de son père dès sa plus tendre enfance, invitée à fouler les marches du festival de Cannes à 15 ans pour son rôle dans La Genèse de Cheick Oumar Sissoko -un autre de ses “papas”-, l’actrice était presque résignée: “Je savais que c’était la fin de ma carrière, je n’avais aucune porte de sortie, toutes mes cousines y étaient passées”, se remémore-t-elle. Mais Jean-Luc Courcoult, lui, ne l’entend pas de cette oreille. Après avoir essayé en vain de convaincre la tante abusive d’emmener sa nièce avec lui et de la scolariser, il délivre à Fatoumata Diawara un message décisif: “Il m’a fait comprendre que si je voulais devenir quelqu’un, je devais prendre ma vie en mains, que personne ne le ferait à ma place.

Fatoumata Diawara © Aida Muluneh

© Aida Muluneh

Renaissance

Reçu cinq sur le cinq, le conseil va pousser la jeune artiste à prendre la décision la plus difficile et aventureuse de sa vie: s’enfuir. Aidée par des amis pour obtenir ses papiers, Fatoumata Diawara quitte un soir le domicile de sa tante, direction le Vietnam, où elle rejoint la tournée de Royal de Luxe qui débute. “Chez moi, partir, ça ne se fait pas, c’est comme tourner le dos à sa famille. Je n’ai jamais vu quelqu’un faire ça. J’allais vers l’inconnu, mais c’était une renaissance”, dit-elle. S’il est incontestable que Fatoumata Diawara a toujours eu une bonne étoile pour la guider -musulmane et croyante, elle préfère appeler ça “le seigneur”-, elle possède aussi un tempérament hors normes qui lui a permis de se relever après chaque mauvais tour de la vie. Mais aussi de faire les bons choix, elle qui a été très tôt regardée par les hommes et entourés par eux.

Maintenant que j’ai réussi mon émancipation, que j’ai obtenu ma liberté à pouvoir m’exprimer, je ne peux pas continuer à penser qu’à moi. Il faut que j’aide les autres à sortir de là.

Lorsqu’on évoque #MeToo et les expériences destructrices de certaines actrices, Fatoumata Diawara considère que ses décisions lui ont toujours appartenu, au risque de livrer une vision manichéenne de la situation: “Il y avait le mal et le bien là-dedans, c’était à moi de choisir le bien. Mais je connais beaucoup de femmes qui se seraient perdues dans toutes ces perturbations.” Sa force, elle l’attribue paradoxalement à sa sensibilité d’artiste, elle qui écrit, compose et arrange ses chansons toute seule: “Pour moi, force et sensibilité sont la même énergie. C’est ta sensibilité qui te pousse à pleurer, mais si tu la domines, tu la transformes en force. On ne peut pas devenir fort sans être sensible.” Mais elle la puise aussi dans le souvenir de l’une des seules femmes qui l’aient aimée convenablement quand elle était enfant, sa grand-mère, un “amour fondamental” dans sa vie, qu’elle “arrose chaque jour comme une fleur”. Est-ce cette femme qui lui a donné envie de prendre la parole pour toutes les autres? Peut-être. C’est sa propre expérience, surtout, qui a forgé son engagement. “Je me suis battue pour être libre, pour que l’on puisse s’asseoir et discuter toutes les deux, sans le poids de la tradition familiale, sans un mec sur le dos qui me dit ce que je dois faire à chaque instant. Maintenant que j’ai réussi mon émancipation, que j’ai obtenu ma liberté à pouvoir m’exprimer, je ne peux pas continuer à penser qu’à moi. Il faut que j’aide les autres à sortir de là”, assène-t-elle.

Si on l’a vue dans le documentaire Mali Blues prendre sa guitare pour défendre la liberté des femmes, son dernier album est davantage tourné vers les problèmes engendrés par la guerre, et dédié à la cause des migrants. Pour eux, et notamment pour les enfants, Fatoumata Diawara éprouve la même compassion que pour les femmes. “On ne peut pas se dire que tout va bien chez nous et ne pas penser aux enfants qui sont en République du Congo, en Syrie, au Darfour ou même en Amérique latine”, dit-elle. Cette sensibilité à l’état du monde et à la souffrance humaine, Fatoumata Diawara dit la devoir à ses nombreux voyages. “Je passe plus de temps dans les avions que dans ma maison. Si mon mari comptait mon temps de présence chez nous, ce serait pitoyable”, rigole-t-elle. En bambara, “Fenfo” signifie “Quelque chose à dire”. Qu’importe si c’est avec les yeux ou avec la bouche.

Faustine Kopiejwski, dans http://cheekmagazine.fr/culture/fatoumata-diawara-interview-fenfo/


Premier concert en live et connecté sur les réseaux sociaux, « Le concert des Héroïnes » ❗ #3mai #20h00-23h00

En concert live sur les réseaux sociaux, « Le concert des Héroïnes » ❗
(avec Inna Modja, Imany, Joyce Jonathan, Jeanne Cherhal, Amir, Camille, Olivia Ruiz & Julie Zenatti).

Lors de la soirée, il y a aura également une table-ronde sur la thématique de l’excision qui sera animée par l’une des administratrices de la Fédération nationale GAMSAxelle JAH NJIKE. Pour suivre le concert, les tables-rondes, vous pouvez vous inscrire à l’événement live sur Facebook ➡ https://bit.ly/2GT4YNh

Pour plus d’information, voici le site internet http://soyonsdesheroines.fr/.