« L’approche interculturelle de la santé et de l’accompagnement social des femmes immigrées » #23mai #Lille

Dans le cadre des Journées Thématiques Santé de la mairie de Lille, et du projet que mène le Grdr et la RIFEN autour du public des femmes immigrées, nous avons le plaisir de vous inviter à un forum d’échanges réunissant les professionnels de la santé et du social autour de « L’approche interculturelle de la santé et de l’accompagnement social des femmes immigrées », dont vous trouverez le programme ci joint. 
Cette journée d’échanges aura lieu :
Le mardi 23 Mai à la Maison de l’Economie Sociale et Solidaire 
au 235, boulevard Paul Painlevé 59 000 Lille
de 9h30  à 17h00. 
Les objectifs seront d’apporter des éléments de compréhension pour un meilleur accompagnement, d’échanger autour des enjeux de l’accompagnement médico –social des personnes migrantes, notamment d’un point de vue psychologique et de repenser son rapport à l’usager issu d’une culture différente.
La matinée sera consacrée à une réflexion sur la perception que les accompagnants ont des femmes immigrées et à des interventions autour de l’anthropologie de la santé avec des sociologues et des psychiatres . L’après midi sera consacrée à des ateliers thématiques afin d’échanger sur les problématiques et expériences rencontrées et à l’élaboration de recommandations et de comportements à adopter. 
Pour découvrir le programme et vous inscrire cliquez sur le lien suivant : 

 

Les places étant limitées, les personnes travaillant directement en contact avec ce public spécifique seront privilégiées.
 
N’hésitez pas à nous contacter pour toute demande d’informations complémentaires.

 

En espérant vous y rencontrer, nous vous souhaitons une excellente journée.
 
Participation et repas gratuits sur réservation
 
RIFEN Nord Pas de Calais
Tél/Fax : 03 20 05 17 69   |   Tél d’urgence : 06 87 71 67 64
Asso. relais de la Fédération pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles Féminines et Mariages Forcés (GAMS)
Membre du Réseau des Asso. AfroCaribéennes de lutte contre le VIH/SIDA, les Hépatites et autres IST (RAAC)
Plus de détails et d’actus sur notre site internet et notre page Facebook !

Le combat des droits des femmes sur l’eau pour celui des femmes sur terre, par Les férus de voile et moteur

Avec un voilier rénové, Les férus de voile et moteur comptent constituer un équipage féminin sponsorisé, participer aux courses et reverser les gains à la Fédération nationale GAMS.

Présentation du projet

Le projet défend l’égalité homme-femme et permettra de former et de composer un équipage entièrement féminin dans un secteur où les femmes sont hélas sous représentées et marginalisées.

Cet équipage féminin sera la preuve que les femmes ont toutes leur place dans le milieu nautique et qu’il est grand temps de leur en faciliter l’accès.

Leur sponsor monétisera la différence de leur temps de course avec le dernier arrivé. Plus elles seront proche du podium et donc loin du dernier et plus elles remporteront des fonds pour la fédération nationale GAMS.

Pour que leur projet voit le jour et pour que leur équipage ait des chances d’atteindre le podium et de donner plus de visibilité aux femmes dans le milieu nautique, elles ont besoin de votre soutien pour rénover leur voilier et pouvoir l’inscrire aux régates.  Merci d’avance pour votre générosité.

Origine du projet

Les Férus de voile et moteur est une association loi 1901 basée à Palavas Les Flots qui a pour but de faire découvrir et de rassembler ses adhérents autour d’une passion commune « la mer ».

Les membres peuvent ainsi accéder financièrement aux activités nautiques que l’association propose.

Elle a vu le jour il y a 1 an 1/2 et l’association est prête à mener à bien ce projet caritatif et sportif qui lui tient à cœur.

Nom de leur équipage: Des Voiles & Femmes.

Leur slogan: Un combat de femmes sur l’eau pour un combat de femmes sur terre.

Leur parrain: Fabrice Amédéo: Jeune skipper reconnu, au palmarès impressionnant avec comme dernier exploit : 11 eme du Vendée Globe 2016-2017.

Leur sponsor: Il monétisera notre temps de course par rapport au dernier, 

Leurs performances seront donc largement récompensées surtout en cas d’arrivée sur le podium. Les sommes seront reversées au GAMS.

L’association bénéficiaire:La Fédération nationale GAMS

Elle est engagée dans la lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles et plus particulièrement :

  • les mutilations sexuelles féminines
  • les mariages forcés et/ou précoces
  • les autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des filles.
Pourquoi un équipage féminin ?

Le milieu de la mer reste très masculin, les femmes rencontrent des difficultés à intégrer des équipages pour régater ou même naviguer.

A quoi servira l’argent collecté ?

Il leur faut installer des voiles de courses (les leurs sont si vieilles qu’ elles ne tiendraient pas une manche), un chariot pour l’écoute de GV (le leur est cassé), des winchs self-tailing et repeindre la coque.

Pour faire un don, cliquez sur le lien https://www.helloasso.com/associations/les-ferus-de-voile-et-moteur/collectes/renover-notre-voilier


Les féminismes en Afrique – Paris – La Sorbonne – 22 avril

« Le samedi 22 avril, l’ADEAS [Association des Etudiants Africains de la Sorbonne] organise une conférence nommée « Perspectives actuelles sur les féminismes en Afrique ».
Le premier écueil auquel on se voit confronté.e lorsque l’on veut faire une conférence sur le féminisme en Afrique, est celui d’apposer un mot d’une langue étrangère sur une autre réalité. Tout comme l’afro-féminisme, qui justifie son préfixe par le fait qu’être une femme noire suppose une conjoncture de vie parfois en marge de celle d’une femme blanche, l’objet de la lutte « des féminismes » en Afrique, n’est pas obligatoirement celle des féminismes en Europe. Bien sûr, il est impossible de nier que sur bien des points, ils se rejoignent.
Les féminismes d’Europe et d’Afrique ont-ils les mêmes vocations, les mêmes finalités ? Quels sont les points de divergence et de convergence ?
De plus, être une femme en Europe et être une femme en Afrique ne veut pas exactement dire la même chose. Cette différence ne se joue pas sur le point de vue physique, biologique évidemment, mais plutôt sur le rôle que va prendre une femme sur la scène du social.
La question qui se pose alors est comment se vit-on en tant que féministe dans un tel contexte ? Quelles vont être les luttes ? A quoi ressemblent les féminismes en Afrique ?
Le but de la conférence sera donc d’ouvrir une discussion sur différents enjeux propres à l’Afrique qui se manifestent dans les luttes féministes sur le continent : les droits des femmes, l’écologie, l’homosexualité, les violences sexuelles, ou encore la religion. »

Intervenantes :
Sabreen Al’Rassace : africaine panafricaniste, réalisatrice, travaille sur les discriminations basées sur le sexe et ou le genre : femmes (excision et mariages forcés) et LGBT (lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres)
Karima Djennane : doctorante à Paris 4, travaille sur le féminisme musulman aux Etats Unis et en Afrique
Christine Beynis : présidente de 2010 à 2015 du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines et des mariages forcés (GAMS), qui lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes, aux adolescentes et aux fillettes.

L’entrée est gratuite, il suffit de s’inscrire en cliquant sur le lien suivant :
https://tickasso.com/e/perspectivesactuellessurlesfminismesenafrique93

Rendez vous à 14h dans l’amphi Descartes, 17 rue de la Sorbonne, 75005 PARIS




Vidéos «L’excision en Egypte aujourd’hui » – Conférence Sérénade Chafik pour le #GAMS – #4février2017

Aujourd’hui, en Egypte, 94% des fillettes et des femmes sont excisées soit 3600 fillettes par jour.
Intervention lors de la journée international pour l’abolition de la mutilation génitale féminine du 04 février 2017 dans le cadre de la Conférence du GAMS.

Source

Vidéos «L’excision en Egypte aujourd’hui » – Conférence Sérénade Chafik/GAMS


L’excision, cauchemar des fillettes en Indonésie – Attention ! Certaines images peuvent choquer !

Une fillette indonésienne préparée pour l'excision à Gotontalo, en Indonésie, le 20 février 2017-AFP/BAY ISMOYOUne fillette indonésienne préparée pour l’excision à Gotontalo, en Indonésie, le 20 février 2017-AFP/BAY ISMOYO

La petite Salsa Djafar porte une couronne en or, un ruban et une robe pourpre pour une fête de famille particulière: la célébration de son excision, dans une région isolée d’Indonésie. Mais pour cette fillette d’un an et demi, comme pour d’autres, c’est un cauchemar.

Dans une modeste maison dans la province de Gorontalo (centre), une guérisseuse recouvre le bébé d’un drap blanc puis passe sa tête en dessous, un petit couteau à la main.

Soudain, elle coupe le capuchon qui recouvre le clitoris de la fillette, ainsi que les petites lèvres, faisant aussitôt hurler l’enfant.

La guérisseuse prend ensuite les petits morceaux coupés et les plante dans un citron avec son couteau. Ce geste marque la fin d’un rite censé débarrasser la petite Salsa des péchés et signaler qu’elle est officiellement musulmane.

« C’est dur de la voir crier comme ça, mais c’est la tradition », dit à l’AFP le père du bébé, Arjun Djafar, un ouvrier de 23 ans, lors de cette cérémonie sur fond de musique locale, un rituel qui se fête en famille.

Les mutations génitales féminines (MGF) – expression médicale qui désigne l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes d’une femme – sont pratiquées depuis des générations en Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde.

Un guérisseuse pratique l'excision à Gorontalo, en Indonésie, le 20 février 2017 -AFP/BAY ISMOYOUn guérisseuse pratique l’excision à Gorontalo, en Indonésie, le 20 février 2017 -AFP/BAY ISMOYO

Pour de nombreuses familles, c’est un rite obligatoire. Mais les méthodes ancestrales sont dénoncées avec force par les opposants, qui exigent leur interdiction.

Le gouvernement indonésien a souvent changé d’avis sur les méthodes d’excision à adopter ou non, créant de la confusion. Un temps, il a essayé d’interdire l’excision, condamnée par les Nations Unies, mais la forte résistance opposée par les autorités religieuses de cet archipel d’Asie du Sud-Est où l’islam joue un rôle important rendent un tel bannissement impossible. Il essaie désormais plutôt de convaincre de cesser cette pratique, considérée au niveau international comme une violation des droits fondamentaux des filles.

– Opposition croissante –

Nulle part ailleurs dans le pays l’excision n’est aussi populaire qu’à Gorontalo, région très conservatrice. La province affiche le taux le plus élevé d’ablations d’organes génitaux. A Gorontalo, plus de 80% des filles âgées de moins de 11 ans ont subi des mutations génitales, contre 50% environ à l’échelle de ce pays de 255 millions d’habitants, selon une enquête gouvernementale.

Malgré les souffrances causées par ces ablations et l’opposition croissante dans le pays, les habitants de la province, peuplée pour l’essentiel de paysans pauvres, considèrent l’excision comme une obligation.

Une fillette indonésienne chez une guérisseuse qui pratique l'excision à Gorontalo, en Indonésie, le 20 février 2017-AFP/BAY ISMOYOUne fillette indonésienne chez une guérisseuse qui pratique l’excision à Gorontalo, en Indonésie, le 20 février 2017-AFP/BAY ISMOYO

Pour la guérisseuse traditionnelle Khadijah Ibrahim, qui a pris la succession à Gorontalo de sa mère décédée il y a quelques années, les filles qui ne sont pas excisées risquent d’être atteintes de « problèmes mentaux et handicaps ».

Des dirigeants locaux estiment, eux, que cette pratique évite plus tard aux filles de céder aux moeurs légères.

Et les habitants sont nombreux à penser que les musulmanes n’ayant pas subi de mutations génitales ne seront pas acceptées par Dieu.

L’excision n’est pas seulement une pratique courante dans les régions isolées de l’archipel, elle l’est aussi à Jakarta. Mais dans la capitale indonésienne, la procédure se limite à un geste symbolique: une personne pique une aiguille dans le clitoris de la fillette, évitant ainsi les douleurs liées à une ablation.

– ‘Procédures néfastes’ –

Les Nations Unies ont déjà adopté deux résolutions encourageant à renoncer à ces pratiques d’un autre âge. L’ONU considère les MGF comme des « procédures néfastes aux parties génitales féminines sans raison médicale ». Non seulement elles n’ont aucun avantage pour la santé, mais peuvent au contraire créer beaucoup de problèmes comme l’infertilité et un risque accru de complications à la naissance d’un enfant, souligne l’ONU.

Une guérisseuse indonésienne montre un couteau avec lequel elle pratique l'excision à Gorontalo, en Indonésie, le 20 février 2017-AFP/BAY ISMOYOUne guérisseuse indonésienne montre un couteau avec lequel elle pratique l’excision à Gorontalo, en Indonésie, le 20 février 2017-AFP/BAY ISMOYO

En Indonésie, les débats autour de l’excision ont pris de l’ampleur ces dernières années. Même certaines organisations musulmanes sont désormais contre, telle Muhammadiayh, la deuxième du pays, qui dissuade ses partisans de recourir à cette pratique.

Un avis partagé par Khorirah Ali, une membre de la commission nationale contre la violence faite aux femmes: « Je pense que dans ma religion il n’y a aucun verset qui autorise l’excision féminine, ce n’est pas dans le Coran », a-t-elle déclaré à l’AFP

Mais la plus importante organisation musulmane indonésienne, Nahdlatul Ulama, et le Conseil des oulémas, la plus haute instance religieuse du pays, restent eux favorables à l’excision.

Malgré les oppositions, la fin de l’excision a peu de chance d’arriver en Indonésie, dit à l’AFP Jurnalis Uddin, expert en mutations génitales féminines. « Vouloir se débarrasser totalement de cette pratique, c’est comme nager contre le courant ».

Source : https://www.sciencesetavenir.fr/sante/l-excision-cauchemar-des-fillettes-en-indonesie_111622



FEMMES RÉFUGIÉES, LA DOUBLE PEINE – Des récits parmi d’autres entendus au GAMS quotidiennement

Fathi, Zénébech, Fanta et Hélène ont débarqué à Paname la tête pleine de rêves. Entre les nuits à la belle étoile, les violences faites aux femmes et les galères de papiers, leur quotidien de réfugiées est bien moins rose. Elles racontent leurs histoires.

En sirotant un jus d’orange, attablée au Belvil’ Café, Fathi raconte ses premières nuits dans le petit square qui borde le métro La Chapelle :

« Un soir, les hommes se battaient. L’un d’eux s’est fait poignarder. On a vu ses entrailles se déverser devant nous. A partir de ce moment, avec les autres filles, on a commencé à dormir assises. Moi, j’avais la chance d’être mariée. Mais les célibataires et les femmes vierges se faisaient sans arrêt assaillir par les hommes saouls. »

La voix de la jeune femme aux grands yeux noirs chevrote d’émotion quand elle remonte le fil de son histoire. Partie en 2014 du Soudan pour la Lybie, elle embarque sur un rafiot de fortune pour l’Europe. La France devait être la dernière étape de son chemin de croix. A peine débarquée à Paris, on lui indique le square crasseux. « C’est là qu’on dort ? » Alors qu’elle s’installe sur le gravier, un homme approche. Elle reconnait, incrédule, les traits de Khalid, son mari. Lui est parti quelques mois avant elle.

Tout comme Zénébech, Fanta et Hélène, Fathi a accepté de nous raconter son quotidien de femme réfugiée à Paris. Les longues nuits dans des camps, les hôtels lugubres et les galères administratives. Des récits de solidarité aussi : des militantes françaises leur ont tendu la main et grâce à elles, les réfugiées ont pu quitter la rue, propice aux violences faites aux femmes.

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Fanta dans le RER. France terre d’asile a pu lui fournir un hébergement dans un hôtel meublé en région parisienne. / Crédits : Julia Rostagni

HARCÈLEMENT SEXUEL

Début août, Fanta, mêlée aux touristes, descend du Flixbus qui rejoint Paris. Son périple a débuté deux ans plus tôt. 16 ans à peine, elle a pris la route pour fuir un mariage forcé. Marche, bateau, train et car Macron jusqu’à Paname, donc. Michel, « un Congolais » qui la voit faire les cent pas, l’aborde. Il propose à Fanta de l’héberger pour la nuit. Le lendemain, il la dépose à Créteil où France Terre d’Asile tient une plateforme d’accueil. Lorsqu’elle se rend compte que la structure ne peut lui fournir un toit, la jeune femme s’assoit et fond en larmes.

Ce soir-là, malgré la peur, elle retourne chez Michel qui lui propose de l’accueillir dans sa chambre. Un rendez-vous à la préfecture est fixé deux semaines plus tard. Une démarche qui, espère-t-elle, lui permettra d’obtenir un hébergement. La jeune femme ne tiendra pas jusque-là. En pleine nuit, son hôte lui reproche, alors qu’il lui offre gîte et couvert, de n’être pas « gentille ». Un autre jour, le colocataire de Michel lui lance :

« A force de te voir, je vais finir par coucher avec toi. »

Fanta retrace son histoire dans un petit cahier

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Fanta prend la poudre d’escampette. Six mois plus tard, on la retrouve autour d’un jus d’ananas. La jeune fille a retrouvé un toit : « Chambre 116, à l’Apparthôtel de Torcy », annonce-t-elle, rayonnante de fierté sous ses longues tresses. Sa chambre ? Une petite pièce meublée de trois lits autour desquels s’empilent les affaires de trois jeunes filles, desservis par un couloir étroit. Pour autant, elle n’est pas tout à fait sereine. Ses souvenirs resurgissent : les nuits avec son mari âgé de 52 ans, alors qu’elle en avait seulement 16. Le jour où il lui a balancé une casserole d’eau bouillante sur la cuisse parce qu’il l’a surprise avalant une pilule contraceptive. La fuite. La prison. Encore la fuite, la traversée du Sahara en camion. La tentative de viol du gardien de la maison dans laquelle elle travaille en Libye, neuf mois durant. Le bateau, dans lequel 135 personnes se sont empilées. Certaines sont mortes en Méditerranée. Elle ne sait pas combien. Fanta n’arrive plus à dormir.

Pour passer le temps, elle se rend à la bibliothèque de Torcy. Et, de son écriture appliquée, trace dans un cahier de brouillon rouge de 96 pages le récit de son odyssée. Elle nous débite son histoire de manière quasi mécanique, comme si elle l’avait répétée des dizaines de fois. Cette mélopée monotone s’interrompt lorsque la jeune femme évoque sa mère, avant de reprendre dans un souffle :

« Une fois arrivée en France, j’ai tenté de la joindre. Elle m’a dit qu’elle ne voulait plus entendre parler de moi. Qu’au pays, on la traitait de sorcière parce que son mari était mort, et que sa fille n’avait pas tenu le mariage. »

De grosses gouttes perlent sur ses joues enfantines.

SI TU VEUX DES PAPIERS, APPREND TA GÉOGRAPHIE

Fanta attend la réponse de l’Office Français Pour les Réfugiés et les Apatrides (Ofpra) à sa demande d’asile. Fathi et son mari Khalid se sont vus rejeter la leur. L’institution estime qu’elle ne peut établir qu’elle est érythréenne, une nationalité qui donne un droit automatique à l’asile. Ils ont fait appel devant la Cour nationale du droit d’asile (Cnda). Fathi s’emporte :

« J’ai raconté ma vie au monsieur. Il ne me croyait pas. Je peux lui raconter encore s’il le veut, ça ne le fera pas changer d’avis. »

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Fanta cuisine dans sa petite chambre / Crédits : Julia Rostagni

Malou et Nathalie, deux militantes rencontrées au cours de l’occupation du lycée Jean Quarré, dans le 19e arrondissement, l’accompagnent dans ses démarches. Elles tentent de convaincre la réfugiée d’appliquer les consignes de son avocate : apprendre par cœur le nom de la capitale de l’Érythrée, les couleurs de son drapeau, son hymne, en vue de la procédure en appel. Fathi juge l’exercice absurde. Elle n’a passé en Érythrée que les trois premières années de sa vie. Ensuite, elle a vécu en Ethiopie, puis, de 13 à 26 ans au Soudan. Fatiguée de devoir sans cesse se justifier, la jeune maman explose :

« Je ne dors plus. Je ne vis pas la vie que je souhaite. Je passe mes jours dans une chambre d’hôtel, je n’ai pas de perspectives, j’ai la tête pleine de questions, je fais des insomnies, j’ai des idées noires. »

Le regard de Fathi se perd à travers la vitre du bar bellevillois, puis elle se penche sur la poussette de son bébé, mutique. Malou prend le relais. Meneuse de revue au civil, elle fait office de traductrice. Franco-éthiopienne, elle parle amharique et peut discuter directement avec les filles :

« Le Soudan est une vraie plateforme de trafic de migrants. Là-bas, il y a encore des combats d’hommes, comme dans Ben-Hur. Fathi a rencontré son mari dans un dispensaire où elle était au repos après s’être fait défoncer la gueule et violer par des mecs. Elle a laissé sa mère au pays. »

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Malou et Nathalie aident Fathi à régler les problèmes administratifs de son mari / Crédits : Julia Rostagni

Que se passera-t-il si la CNDA refuse d’accorder l’asile à Fathi et Khalid ? « Je crois que lorsqu’ils sont érythréens ou éthiopiens, la France ne renvoie pas trop les gens au pays. Par contre, fini le logement, l’allocation pour demandeurs d’asile. Ils sont mis dehors, et doivent attendre des années dans la clandestinité pour redemander des papiers. Ils doivent se débrouiller », explique Nathalie, une quinqua chaleureuse à l’accent montpelliérain. Pour l’instant, les militantes se battent, rappelant assistantes sociales, avocats, juristes… Fathi, de son côté, se rend chaque semaine chez Michèle, une prof de français à la retraite, pour des cours.

LOGEMENTS PRÉCAIRES, VIES PRÉCAIRES

Sur sa route, Fathi a bénéficié de la solidarité d’une poignée d’anonymes : Malou, Nathalie, Michèle… La première, une dame « d’une association catholique » dont elle n’a pas retenu le nom, qui paye des chambres d’hôtel aux femmes réfugiées de la Chapelle :

« Ça a été un grand soulagement. La vie en campement est encore plus difficile pour les femmes. Il y a des problèmes d’intimité et d’hygiène. Particulièrement lorsqu’on a nos règles. »

Elle passe donc ses nuits à l’hôtel, et ses journées à La Chapelle. « Un matin, nous sommes arrivées à Stalingrad, et ils avaient ramassé tout le monde. Khalid, mon mari, n’était plus là. » Elle l’a retrouvé dans la journée. Avec les autres femmes, elles décident de retourner dormir au camp de soudanais. Peut-être par peur d’être à nouveau séparés. « Le lendemain, on a été placés, avec mon mari, dans un hôtel à Ménilmontant », poursuit-elle en regardant ses mains jouer sur le guéridon. Le toit est là. L’hygiène, toujours pas :

« Il y avait des cafards, je devais glisser des chaussettes sous la porte pour qu’elle ferme. Et puis je n’avais droit qu’à un seul ticket restaurant par jour, alors que j’attendais mon enfant, et que j’étais tout le temps affamée. »

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Seule dans sa chambre, les souvenirs reviennent et l’empêchent de dormir / Crédits : Julia Rostagni

Elle restera dans ce taudis dix mois, accouchement compris. « Lorsque j’ai visité la chambre de Fathi, je n’en revenais pas », s’indigne Nathalie :

« C’était un semi-hôtel de passe, lugubre, sale, bref, pas un endroit pour élever un enfant. Une des filles est partie prendre des photos. Et après, j’ai employé ma technique habituelle : appeler tous les élus de gauche de la mairie de Paris : il fallait reloger Fathi et Khalid. »

La méthode fonctionne. Ils sont aujourd’hui dans « un hôtel correct » du 18e arrondissement. La question de l’hébergement est d’autant plus compliquée à gérer qu’à leur arrivée, les jeunes femmes ont une image fantasmée de la France. Ici tout sera facile, croient-elles. « Les filles étaient un peu à côté de la plaque », commente Malou :

« On se faisait parfois presque engueuler parce qu’elles n’avaient pas d’appartement assez vite, que leur hébergement était loin de l’arrêt de métro, ou du centre de Paris. »

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Fathi, sa fille et Nathalie à Paris. / Crédits : Julia Rostagni

BÉBÉ À BORD

Octobre 2016, Zénébech débarque à Paris avec le numéro d’Ophélie en poche. C’est une militante de Vintimille qui a filé à la jeune éthiopienne le contact de cette Parisienne arabophone :

« Que faire quand vous vous trouvez face à une femme enceinte jusqu’aux yeux? La laisser sur le trottoir ? »

Elle décide de lui ouvrir les portes de sa coloc’ à Asnières. Un choix pas évident :

« Nous avions déjà logé un jeune afghan, pendant beaucoup plus longtemps. Reprendre quelqu’un sous notre toit n’allait pas de soi, nous en avions discuté et nous nous étions mis d’accord sur le fait que nous l’hébergions mais que pour elle, comme pour nous, le mieux était qu’elle entre au plus vite dans le système du 115. »

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Zénébèche avec son fils Rhobot. / Crédits : Julia Rostagni

Dès le lendemain de son arrivée, Ophélie accompagne Zénébech à la Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile (CAFDA) pour préparer sa demande d’asile. Sauf que l’organisme ne sait pas vers qui elles doivent se tourner pour le suivi de grossesse de Zénébech. Faute de mieux, elles se rendent aux urgences de Clichy. L’échographie montre que Zénébech est enceinte de huit mois.

RHOBOT EST NÉ LE 2 DÉCEMBRE

Ces urgences sanitaires réglées, le binôme commence à appeler le 115. Le numéro d’urgence sociale leur obtient une place, pour 5 jours, dans un hôtel. Retour dans la coloc. Quelques jours plus tard le 115 oriente la femme enceinte vers un hôtel de Puteaux. Lorsqu’elles se présentent, une autre femme attend à l’accueil. L’hôtelier regarde son registre et lève la tête, gêné : « Je n’ai qu’un nom sur ma liste », s’excuse-t-il. Nouveau retour à Asnières. La troisième tentative sera la bonne. L’hôtel est lugubre et isolé. Impossible pourtant, d’être trop exigeante : en cas de refus, le 115 blackliste le demandeur.

Au bout de quelques jours, Zénébech préfère rejoindre le campement de Stalingrad et les autres habeshas (Éthiopiens et Érythréens), plutôt que de rester isolée dans l’hôtel délabré. Quelques jours plus tard, ils seront relogés dans une base de loisirs de Cergy. Là-bas, elle est nourrie, logée et on l’assiste dans ses démarches administratives. « La question de la grossesse n’entrait pas dans leur prisme d’analyse », assure Ophélie :

« Alors, fin novembre, j’ai pris ma voiture, et j’ai emmené Zénébech à l’hôpital. Rhobot est né le 2 décembre. »

Quand elle raconte cette histoire, attablée dans la chambre du Centre où vivent aujourd’hui Zénébech et Rhobot, un large sourire éclaire son visage.

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Esclave d’une famille au Qatar, Hélène s’est enfuie lors d’un séjour en France / Crédits : Julia Rostagni

LE RÊVE FRANÇAIS

A la table du Belvil’Café, Hélène, vêtue avec soin, balbutie quelques mots de Français en riant avant de reprendre en habesha, secondée par Malou. Éthiopienne commence tout juste une formation pour apprendre la langue de Molière, pour, à terme, devenir « coiffeuse ou vendeuse ». A Paris, elle continue à manifester contre le gouvernement éthiopien. C’est ce combat politique qui l’a contrainte à prendre la fuite. Devenue esclave d’une famille du Qatar, elle s’est enfuie lors d’un séjour en France. Avec l’aide du Comité contre l’esclavage moderne, Hélène a obtenu des papiers. Débarrassée de ce tracas, elle envisage l’avenir avec optimisme et espère obtenir un logement social rapidement, pour y élever l’enfant qu’elle attend.

Elle n’est pas la seule. Sur les huit femmes suivies par Nathalie et Malou, quatre sont tombées enceintes les deux dernières années :

« On s’est demandé pourquoi une telle épidémie. Peut-être pensent-elles qu’avec un enfant, on ne les expulsera pas ? Peut-être qu’après tant d’aventures, leur corps s’est relâché et elles se sont permises d’avoir un enfant ? »

Pas faute d’avoir insisté sur les méthodes contraceptives. « Au début, on leur courait après pour leur mettre des capotes dans les poches », se souviennent Malou et Nathalie en riant :

« Jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’elles ne savaient pas comment s’en servir ! »

Elles organisent alors un petit atelier pour leur apprendre l’usage des capotes. Avec les résultats qu’on sait. Arrivées dans un pays où leur enfant pourrait espérer un avenir meilleur, c’était peut-être simplement le moment.

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Par Elsa Sabado , Julia Rostagni | 20 Mars 2017

Source http://www.streetpress.com/sujet/1490019966-femmes-refugiees-double-peine


Conférence sur « La prise en charge des mutilations sexuelles féminines », Yvelines, 20 mars, 16 h 30

A l’occasion de la Journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes #8marstoutelannée #partoutenFrance, l’Association des Etudiants Sages-Femmes de Paris Ouest (AESFPO) organise une Conférence sur « La prise en charge des mutilations sexuelles féminines », Amphi 3 de l’UFR des sciences de la santé Simone Veil, Université de Versailles.

Une vente solidaire sera également organisée et les bénéfices seront reversés au GAMS !

Soyez nombreuses et nombreux !