La Nouvelle Expression Info | Fréderic Takang

L’opération s’étend aussi  aux «mutilations génitales», lancée par l’organisation non-gouvernementale basée Bamenda.

 

«Modern Advocacy Humanitarian Social and Rehabilitation Association ( MAHSRA)» vient de lancer une campagne nationale contre le repassage des seins et les mutilations génitales féminines au Cameroun. La campagne a été lancée le vendredi 23 Septembre 2016 à Ndop dans le département du  Ngo-Ketunjia , région du Nord-Ouest.  Cette campagne aux dires des organisateurs, intervient suite aux récents rapports faits par la Société allemande pour la coopération internationale GIZ indiquant que ces pratiques sévissent encore au Cameroun. Dans la région du Nord-ouest par exemple, une coutume ancestrale consiste à masser les seins naissants des jeunes filles en pleine croissance afin de freiner le développement de leurs poitrines. Encore aujourd’hui, cette pratique est utilisée dans de nombreux foyers. Selon une étude de l’Agence de coopération internationale allemande (GIZ).  La technique, archaïque, consiste à se servir d’objets préalablement chauffés au cœur d’un brasier, tels que la pierre à écraser utilisée en cuisine, le pilon, la louche, la spatule ou encore des noyaux de cerises. Le but ? Masser les seins pour les faire disparaître. Une opération douloureuse qui se réalise dans l’intimité familiale, en ville comme à la campagne, chez les plus défavorisées comme chez les plus aisées. Ce qui explique en partie le silence qui entoure cette coutume.

Selon l’étude réalisée par l’Institut pour la Recherche, le Développement Socioéconomique et la Communication (Iresco) pour le compte de la GIZ, le phénomène constitue un traumatisme psychologique et physique pour certaines femmes qui ont été victimes de ces pratiques. Le document révèle aussi que « près de la moitié (45,7%) des victimes qui ont participé à l’étude déclarent que leurs seins ont eu une anomalie après le repassage. Les conséquences les plus récurrentes sur les seins sont la diminution de la taille (42,5%) ; les douleurs (24,5%) ou une inflation du volume (21%) ». Les travaux de recherches indiquent aussi que, 3,7 % de filles interrogées se sont retrouvées avec des seins blessés ; 8% avec un sein plus grand que l’autre; tandis que 2% ont subi l’ablation d’un sein, etc. L’étude montre également que 17% des cas de kystes et les abcès détectés chez les femmes dans le pays sont souvent les conséquences de cette pratique. « En tout cas, le repassage de seins est un facteur de développement du cancer du sein », insiste le coordonnateur de l’ONG MAHSRA.

En plus de la difficulté de vivre avec un corps mutilé, les victimes vivent de réels traumatismes psychologiques. Selon des experts du Réseau national des associations de tantines, cela par du complexe à la honte de soi. De sorte que, «certaines victimes ont du mal à allaiter leur nouveau-né, non pas pour des raisons physiques mais mentales». Selon le Dr Flavien Ndonko, les femmes victimes ont aussi peur de se déshabiller devant les autres et d’avoir des relations sexuelles. «D’autant plus que les hommes d’ici font beaucoup de blagues sur les seins qui tombent», insiste-t-il.

L’ampleur du sinistre

Pour ce qui est des mutilations génitales de nombreuses camerounaises souffrent encore des mutilations génitales féminines (MGF), l’ampleur du sinistre étant particulièrement signalée dans quatre des dix régions du Cameroun.  Le phénomène touche plus de 20 pour cent de la population féminine, selon des statistiques officielles au ministère de la Promotion de la femme et de la Famille (MINPROFF). Les régions concernées sont le Centre, l’Est, l’Extrême-nord et le Sud-ouest, où l’on rencontre une forte concentration musulmane et animiste, mais également chrétienne à l’instar de Yaoundé, la capitale. Des études ont démontré que trois types de mutilations génitales féminines sont pratiqués au Cameroun. Il y a d’abord l’excision dite «Sunna», qui est l’ablation d’une partie du clitoris, ensuite la clitoridectomie qui est une ablation complète du clitoris avec des petites lèvres et enfin l’infibulation, c’est-à-dire une excision doublée d’une ablation des grandes lèvres avec suture des deux moignons. «Avant, on coupait avec les tiges de mil ; puis la lame rasoir et aujourd’hui nous utilisons le couteau», a précisé une ancienne exciseuse. En plus des conséquences psychologiques, les femmes ayant subi des mutilations génitales courent de nombreux risques, la contamination aux MST/Sida, au tétanos sans exclure la mort proprement dite. Le code de la famille ne reconnaît pas les mutilations génitales féminines, ce qui expose des exciseuses à des peines privatives de liberté et à des amendes pécuniaires.